
mardi 21 février 2012
Un album #11 : Teenage Fanclub - Songs From Northern Britain [1997]

samedi 22 octobre 2011
Un album #10 : Belle And Sebastian - If You're Feeling Sinister [1996]
jeudi 22 septembre 2011
Un album #9 : Lilys - A Brief History Of Amazing Letdowns [1994]


vendredi 6 mai 2011
Un album #8 : Rocketship - A Certain Smile, A Certain Sadness [1996]


mercredi 26 janvier 2011
Un album #7 : Allo Darlin' - Allo Darlin' [2010]
Alors Allo Darlin', c'est avant tout une capacité réjouissante à écrire des mélodies simples mais irrésistibles. Et à ce titre, Dreaming (=>) s'impose comme une belle entrée en matière, guidée par un duo vocal mignon de hors-sujet. La chanson est construite autour d'une section rythmique souriante, surplombée d'un ukulele discret, et d'une guitare qui se balade, un peu distraite, mais bien souvent pertinente. Elizabeth impressionne d'emblée par la classe de ses mélodies vocales, et plus encore par la douceur qu'elle influe à ses chansons. Le constat est semblable sur The Polaroid Song, clipée façon The Breakfast Club, et véritable hymne twee, sautillante comme pas permis, arpèges malicieux mis en avant, pointe fine de nostalgie en clin d'oeil, choeurs enchantés posés un peu partout. Des ingrédients qui rendent impossible de résister à l'envie de danser dans sa chambre, en chantant à tue-tête ces paroles qu'on peut aisément s'approprier, tant elles sont révélatrices, touchantes, et surtout, tant elles semblent avoir été écrites juste pour nous.
Et cette capacité à trouver des mots que l'on retient vite, nécéssaires et lumineux, sera le fil rouge de tout l'album. Pas plus loin que sur Silver Dollars (=>), on retrouve ce propos, souvent de très fines observations, au point qu'on se sente parfois directement concerné. Le plaisir naïf ne s'en trouve que décuplé, d'autant que les mélodies dégagent une réelle aisance dans l'art de suggérer un bonheur teinté de sourires parfois gênés, et d'un peu d'émotion dispersée comme du sucre glace pour nous faire dans l'instant tomber amoureux. On peut citer à ce titre Kiss Your Lips (=>), avec son baiser réussi dans un cri de joie, son détour chez Weezer, mais aussi son pont soulevant une singulière hésitation, bien vites balayée heureusement. Comment, aussi, ne pas s'éprendre pour le sens de la formule de If Loneliness Was Art (=>) ("You've been on your own as long as I recall/If loneliness was art I could hang you from the wall/In some Berlin hall"), qui convoque les Just Joans, ou joue avec des codes d'un autre temps (les géniaux "sha-lalalala" du refrain) avant de se permettre d'enflammer un petit coeur sensible ("Everybody I know wants to be your friend/I just want to hold you when the music ends"). Craquant au possible.
La sensibilité, diffuse de par l'esprit de l'ensemble des compositions, et souvent matérialisée dans les passages où Elizabeth se trouve être seule, embrasse la balade (au bord d'un lac en Suède) Let's Go Swimming (=>), moment absolument délicieux de tendresse, rêverie menée par une guitare qui soupire de l'amour. Mention enfin au dernier single My Heart Is A Drummer (dans le genre jolie formule, ça se pose là), craquage dont on ne peut s'empêcher de chanter le refrain, quand on ne le mélange pas avec Girls Just Wanna Have Fun. Comment, aussi, ne pas fermer les yeux sur ce solo saupoudré de choeurs renversants ? C'est à peu près l'exact passage où les choses deviennent plus belles, et toute la force de ce premier album d'Allo Darlin' est là. Solidement ancré dans nos vies, il en ressort nombre de détails savoureux, et y ajoute une incroyable dose de magie, au cours de chansons parfois coquines, souvent évidentes. Et pour tout dire, indispensables ...
mercredi 27 octobre 2010
Un album #6 : Moscow Olympics - Cut The World [2008]
L'introduction est confiée à What Is Left Unsaid (=>), dont le seul titre augure d'un ravissant moment. Les arpèges brillent d'une lumière lunaire, pâle mais sublime, alors que se débat en fond une batterie prise de spasmes habités. On croit pouvoir citer l'influence de The Wake quand arrive un synthé fatal, prêt à soulever la chanson et à la porter sur ses épaules. Pourtant, un break inattendu nous plonge dans une atmosphère plus dream-pop, brumeuse à souhait, avec une mélodie moins rentre-dedans, mais pas moins séduisante, tant elle dégage de douceur, et tant les soupirs de la voix confinent à la magie, surtout dans un final éblouissant, du genre à briser un coeur ou à faire tomber amoureux. C'est tout retourné qu'il faut accueillir No Winter, No Autumn (=>), qui nous refait le coup des arpèges en éclaireurs, et de l'influence de New Order cette fois imprégnée dans une basse possédée par l'esprit de Peter Hook. La structure du morceau, éclatée, ne masque pas pour autant les intentions mélodiques d'un ensemble qui fourmille d'idées, de détails savoureux. Petite surprise quand déboule l'introduction très Joy Division de Second Trace, qui se fond pourtant à merveille dans un éclatement shoegaze d'envergure. Vient le moment de se faire fusiller par une batterie perdue, qui lance un couplet, un refrain, ou du moins quelque chose propice à ce que se pose une voix d'ange un peu intimidé. Au fond de ce vent tourbillonant, les repères se brouillent, et quand la voix s'efface, on se raccroche à ces lignes de guitares claires et pures. Intense.vendredi 10 septembre 2010
Un album #5 : My Bloody Valentine - Loveless [1991]
La déflagration qui nait sur Only Shallow s'avère, d'entrée de jeu, époustouflante. La batterie, bien que martelée, sort à peine la tête, et le déluge de guitares (la pochette du disque avait vu juste) est tel que la voix sensuelle et flottante de Bilinda Butcher se pose en antithèse délicieuse, douceur figée dans une tempête de bruit. Déjà, la mélodie se dessine, légèrement sucrée, troublée, mais envoutante. On pourrait presque s'arrêter là, sur cette composition magistrale (secondée d'un appendice fumant), première image d'un album impossible. Pourtant, vient déjà Loomer (=>), son rythme fatigué, son mur de guitare qu'on semble pouvoir toucher, tellement il est épais, tellement il semble glisser sous nos pieds. Bilinda, elle, se montre séduisante, et semble faire de chaque phrase un clin d'oeil. Dans la foulée, on pourrait croire inexplicable la minute de transition intitulée Touched, laissée au batteur Colm Ó Cíosòig. Elle marque, c'est cependant intéressant, un abandon total des guitares, pour une formule bruitiste qui bien que peu développée, signifie à quel point le groupe avait osé quitter ses propres sentiers battus.
To Here Knows When pose ensuite l'aplat sonore le plus épais du disque. La mélodie distendue, les guitares enveloppantes, les murmures de Bilinda dans un final intense, évoquent une magie nocturne et brumeuse, et une atmosphère, osons le mot, sexuelle. When You Sleep renoue elle ensuite avec un rythme plus enjoué. Comme un certain nombre de chansons sur l'album, elle est composée de couplets où s'épuisent des voix fantomatiques, avant un refrain instrumental dévastateur par son ampleur, son évidence mélodique, ses détails inexplicables (quel instrument peut bien produire ces sons ?). Fait rare, on saisit ici quelques paroles au vol, échappées pour une fois de manière vaguement intelligible. Peut-être la chanson du disque la plus fidèle au format pop classique, et aux impressions qu'il véhicule par son immédiateté. Sur I Only Said, l'abstrait prend à nouveau les commandes, pour diffuser des sensations planantes, dans une bouffée de défonce et de drogue, de lâcher prise (de lassitude ?). On ne songe même plus à résister à ce tourbillon de guitares sans mesure, à la fois hypnotique et extatique. On plonge, et l'on ne se demande même plus quand remonter.
Si l'on pensait s'être approché du fond, l'ouverture de la face-B sur Come In Alone nous emporte soudainement très en hauteur, loin au dessus de tout (ou peut-être de rien), pour une escapade amoureuse en apesanteur, rythmée ça et là par une batterie éclatée et des distortions perdues qui, à l'image de la voix, agissent comme un souffle dans le coup, raffraichissant et parfois excitant. Le contraste est troublant quand survient Sometimes, morceau le plus intimiste du disque, baigné des chuchotements de Kevin Shields, et de guitares brûlantes. Dans cette chambre, se joue l'expression d'un romantisme brisé, d'espoirs sans retour, de questions sans réponse. Loveless ne porte jamais aussi bien son nom que dans ces instants de perdition, d'usure, qui se dégagent d'une mélodie éteinte, comme si le processus de création, chaotique, avait irradié profondément l'oeuvre. Pourtant, l'univers évoqué ensuite par Blown A Wish semble tout acidulé, et le brouillard se trouve soudain constitué de sucre glace, laissant filtrer une guitare au lever du soleil. Ou comme si le garçon perdu sur la piste précédente avait trouvé avec lui, au petit matin (ou dans un rêve ?), quelqu'un pour le comprendre et lui glisser quelques mots à l'oreille. On trouve ensuite l'abrasive What You Want, menée de main de maitre par les fûts métronomiques de Colm Ó Cíosòig. Comme souvent, guitares, basse et voix se conjuguent dans une couche de son qu'on croit pouvoir appréhender lors d'un couplet déposé, avant qu'explose un refrain majestueux, éclatant.Le temps d'une transition mystérieuse, et le disque s'achève sur l'imposante Soon, ouverte par un beat synthétique, avant qu'une boucle de batterie très rave ne prenne le relais. En résulte un cross-over épique, entre dance estampillée Madchester, shoegazing, et intentions pop. Mais le morceau joue dans le dépassement de ces bases : mélodie entêtante, structure éparpillée, longueur assumée, breaks efficaces, guitares incandescentes. Danser, rêver, et se laisser porter par une évidence, le temps de 7 minutes réellement uniques. Et c'est à mon sens l'image qu'il faut garder de Loveless : celle d'une oeuvre transcendentale, aux repères identifiables, mais totalement surpassés. Avant tout, Kevin Shields sait écrire des mélodies intemporelles, mais sa force est de les mettre en lumière sous un jour inédit, entre ambition démesurée et sensibilité exacerbée. Car, aussi, le couple Kevin Shields/Bilinda Butcher a tout donné, a trop donné à cet idéal, au point d'en sortir vidé de sa substance ("Loveless", sans amour ...), en même temps que de toute inspiration. Reste pour nous l'occasion d'être subjugués par une beauté éphémère et furtive, mais en tous points éblouissante.
lundi 26 juillet 2010
Un album #4 : Klaus&Kinski - Tu Hoguera Està Ardiendo [2008]
Tous ces ingrédients apparaissent dès El Cristo Del Perdòn (=>) (ne vous fiez pas aux noms de certaines chansons, je pense vraiment pas que ces gens soient croyants). Boite à rythmes endormie, basse Field-Micienne, enchevêtrements de guitares, structure pop mais légèrement déviante, et la superbe voix douce et effacée de Marina, généralement exactement sur le même plan que les guitares, en subtil équilibre. Mais avant tout, une mélodie claire et limpide, jusqu'à cette juxtaposition finale magnifique. La clipée Nunca Estàs A La Altura présente elle un très beau torrent de guitares shoegazing qui portent une mélodie éclatante. Là encore, le morceau est organisé de manière moins simple qu'il n'y parait : l'évidence des couplets est contrebalancée par des breaks qui apportent des nouveaux arguments à un bel édifice. Mélangeant arpèges acoustiques, et électronique dansante, Rocanrolear (=>) catapulte en plein été, et offre à Marina l'occasion de susurer quelques mots avec une sensualité séduisante. Grand écart avec Mengele Y El Amor (=>), exercice de style plongé dans les musiques traditionnelles espagnoles, avec son refrain excessif fait de cordes dramatiques et de choeurs grandiloquents. C'est pas dénué d'intérêt, et ça pose une forme de contexte, donc pas si hors-sujet que ça. Clipée également, Flash-back Al Revès est une sucrerie pop-acoustique ensoleillée, débridée, sautillante, et timidement souriante (c'est du moins ce que fait passer la voix de Marina, très "entre deux"). Les violons à contre-emploi sur le refrain sont assez géniaux.
On prend ensuite la route sur l'Autovìa de Albacete (=>), balade (en camion, sérieusement ?) en pleine chaleur sur des lignes droites interminables. Un instant pour souffler. Avec son beat très Au Revoir Simone, Muerte en Plasencia peine un peu à trouver ses marques avant l'arrivée d'un refrain qui vient sauver le tout avec une belle mélodie vocale. Suit Crucifixiòn, La Soluciòn (=>) qui s'alimente en tension pour offrir des guitares lumineuses, et des violons divins. Une tension encore plus présente sur Ronnie O'Sullivan, qui évoque une construction post-rock, mais à laquelle il manque le petit côté épique qui en aurait fait une réussite. Dommage. Telèfono de la Esperanza, de son côté, se montre beaucoup plus classique, mais étale peut-être sa mélodie entêtante sur une durée légèrement trop importante.
La tuerie indie-pop, cette fois-ci au sens le plus habituel du terme, est pour La Mano de Santa Teresa de Jesùs (=>), qui dévoile une fuzz printanière entièrement au service d'une réelle évidence mélodique. C'est simple, frais et exaltant, une grande chanson tout simplement. En la Cama (=>) restranscrit ensuite avec une fidélité déconcertante l'atmosphère de la matinée passée à ne surtout pas sortir du lit, pour la simple et bonne raison que l'on y est pas tout seul. Autant dire flemme, douceur, et surtout quelques regards amoureux. Les brouillards matinaux résument d'ailleurs très bien l'entrée en matière vaporeuse de Lo Que No Cura Mata (=>), avant une prise de pouvoir des guitares qui se fait comme au ralenti, pour dessiner en définitive un paysage incandescent. C'est la sensation d'observer une étendue dévastée qui prédomine par conséquent sur la conclusion Sintigo o Sin Ti, habitée d'une pâleur usée, plume perdue qui chemine lentement vers le sol. Quelques instants de calme pour se remémorer ce qui fait le charme de ce premier album : Klaus&Kinski savent composer ces chansons qui collent si bien à certains moments, ces mélodies qui imprègnent et marquent, ces arrangements qui plongent immédiatement dans une atmosphère singulière. Largement de quoi les placer à l'époque en position de meilleurs espoirs du microcosme indie espagnol. Une promesse confirmée depuis la sortie cette année de leur second album, Tierra, Tràgalos ...
mercredi 21 juillet 2010
Un album #3 : Wild Nothing - Gemini [2010]
L'ouverture est confiée à Live In Dreams (=>), qui pose assez clairement les lignes du son des quarante minutes à suivre : fade-in, nappes synthétiques douillettes, guitare froide, voix discrètement plaintive (un peu comme si Alec Ounsworth, se mettait à chuchoter). Mais surtout, mélodie éclatante et séduisante qui porte une composition baignée de candeur adolescente ("Because our lips won't last forever, and that's exactly why I'd rather live in dreams and I'd rather die."). La claque est assez magistrale, et on se prend donc à rêver. D'autant que c'est le très bon single Summer Holiday (=>) qui prend le relais, laissant entrevoir une noisy-pop ensoleillée, encore une fois assez naïve, faite de ces guitares qui tournoient longtemps dans les têtes. Il est cependant compliqué pour un être humain d'enchainer beaucoup plus de tueries sans faiblir un seul instant. Idée malheureusement confirmée par la suite de l'album. Si Drifter (=>) peut encore soutenir assez bien la comparaison, avec ses arpèges malicieux, son synthé très 80's et son refrain bousculé, on peine à trouver un réel intérêt à Pessimist (noyée chez 4AD, mais sans la maitrise), O, Lilac (bancale et réchauffée), ou Bored Games (qui ne décolle jamais vraiment). Un signe d'immaturité, tant le ressort mélodique demeure malgré tout intéressant.L'aérienne Confirmation (=>) rassure néanmoins dans la foulée, avec sa guitare touchée de la grâce d'un Johnny Marr, et sa basse agile qui rappelle un peu The Wake (pensionnaires de Sarah Records et de la Factory, rappelons-le). On ne retiendra que partiellement My Angel Lonely, exercice de style sur le drum beat de Be My Baby, et ses couplets tout aussi poussifs que son refrain est agréable. The Witching Hour (=>) traine en terres électroniques décadentes une mélancolie un peu trop pesante, là encore seulement éclairée par un refrain saccadé mais grandiose. La vitalité fait son retour sur l'entrainante Chinatown, qui va chercher chez Even As We Speak une énergie et une fraicheur bienvenues. L'ensemble de la composition est pour le coup tout-à-fait au niveau du refrain qui domine le tout d'un oeil coquin. Même sensation de jeunesse timidement insolente sur Our Composition Book (=>), lancée façon TGV, les touches de guitare égrenant autant d'arbres trop vite dépassés, jusqu'à un émouvant passage sur un pont, qui semble surtout nous faire décoller des rails. Magique. Il est l'heure de conclure sur la chanson-titre Gemini (=>), étirée en de froides couches de synthés, venues glacer un morceau qui semble se perdre dans l'indicible. "Se perdre", c'est d'ailleurs bien la problématique de ce premier album, partagé entre évidences marquantes, et maladresses dommageables. Les mélodies restent, cependant. À Jack Tatum de nous montrer bientôt qu'il sait comment les projeter.
vendredi 25 juin 2010
Un album #2 : The Radio Dept. - Clinging To A Scheme [2010]

L'entrée dans cette merveille se fait sur la discrète Domestic Scene (=>), qui distille des arpèges délicats sur une rythmique tremblante. L'occasion d'entrer dans une ambiance feutrée, et de découvrir la voix de Johan Duncanson, traffiquée, et pourtant tellement touchante, parce qu'elle semble presque nous souffler ces quelques mots comme un secret qu'on confie ("Leaving just in time, I'm leaving just in time ..."). Vient ensuite le single qui porte le disque, Heaven's On Fire (=>). Un sample de Thurston Moore en pleine pensée gauchiste ouvre la voie d'une chanson imparable (mais comment imaginer, à ce stade-là, qu'elles le seront quasiment toutes ?), comme si Saint-Etienne branchaient des guitares pour magnifier une évidence mélodique. Les breaks sont irrésistibles, sans parler de l'envie de bouger ... La magie continue d'opérer sur la frénétique This Time Around (=>), portée par une batterie qui court comme un poulet sans tête. On sait pas trop comment la basse suit, mais ça colle particulièrement bien en dégageant un sentiment d'excitation, jeunesse sans avenir en étendard. Retour de la patte stéphanoise sur Never Follow Suit (=>), qui laisse un pouvoir total aux synthés, pour 4 minutes qui respirent les nuits d'été à danser jusqu'à en avoir mal aux pieds (à signaler que le sample en plein milieu du morceau est extrait de Style Wars, film culte d'Henry Chalfant sur le graffiti New-Yorkais du début des 80's. Même dans ses références les plus inattendues, ce disque est fait pour moi !).
Le repos est imposé par A Token Of Gratitude (=>), qui marque une pause savoureuse, avec son delay qui joue à Pong, son travail sur les textures, pour une petite aventure sur des terres électroniques, marquée par une lente montée vers les étoiles. Et alors que les yeux sont embués, l'enchainement avec The Video Dept. (=>) est absolument dévastateur, tant l'explosion que constitue ce miracle pop-fuzz emporte tout sur son passage. Quel bonheur d'être à ce point surpris par l'évidence la plus éclatante, comme si la fille avec qui t'es posé dans l'herbe, et pour qui tu craques sans jamais avoir rien dit, t'embrassait sans te demander ton avis. Dans la foulée, Memory Loss (=>) navigue en apesanteur, superpose délicieusement les instruments, pour créer au ralenti les images d'un paysage rêvé.

La suite est laissée à l'autre single, David (=>), sorti il y a maintenant un an de ça, mélange des genres particulièrement osé d'un instru quasi Hip-Hop (on va dire West-Coast début 00's), et de cette voix hantée par le shoegaze, dans une structure fondamentalement pop. Intéressant. Pour nous amener jusqu'à la conclusion, la courte instrumentale Four Months In The Shade (=>) se fait noisy et vaporeuse (un peu à la manière des interludes de Loveless). Pour finir, You Stopped Making Sense (=>) enveloppe tout d'un brouillard matinal, duquel ne semblent pouvoir s'échapper qu'un infatigable glockenspiel, une guitare fragile, et la voix de Duncanson, un peu perdu, surtout nostalgique d'un amour qui s'évapore. D'un été qui s'éteint. D'un album qui se termine. Heureusement, il y a une touche repeat. Car devant autant de mélodies, d'idées, de maturité, de simplicité, et pour tout dire, de perfection, difficile de ne pas souhaiter que tout recommence.
dimanche 13 juin 2010
Un album #1 : Ceremony - Ceremony [2005]
Au rayon de leurs albums autoproduits, leur première tentative est éponyme, chez Safranin (label pour le moins obscur), en 2005. La déflagration qui en resulte relève de l'improbable. On passera sur 3 premières chansons anecdotiques voire dispensables, où des beats house (le disque entier est géré à la boite à rythme) se marient assez mal avec les guitares arrachées, le tout étant malheureusement produit de façon quelque peu chaotique. Mais le reste, le reste, les 4 chansons qui restent, là, c'est tout-à-fait autre chose. Too Many Times (=>) laisse le contrôle à la basse pour une mélodie simple et robuste, tandis que les guitares crient. C'est strident au possible, mais ça garde du sens, jusqu'au refrain up-tempo qui défonce tout, dans le plus pur style J&MC. Our Last Goodbye (=>) est plus sombre, s'ouvrant avec un sample électronique inquiétant, une guitare aux incantations désespérées, et une voix de déterré. Tout est au diapason, avec une tension palpable, et un refrain superbe. Probablement la pièce fondamentale du disque. Dans la foulée, Clouds vient réanimer le shoegaze dans ce qu'il a de plus classique et de plus classieux, on se croirait chez Slowdive ou sur Loveless : mélodie pop, et couches de guitares empilées. Presque irréel. Fin des hostilités sur Old, tout aussi bien pensée, refrain déchirant en prime et décès de nos oreilles sous la pression. Malgré une production qui sent l'amateurisme, et un début de disque raté, Ceremony vient donc livrer 4 compositions sauvages et magistrales, entre noirceur new-wave et incandescence shoegaze. De quoi, sans sortir de l'ombre, ravir ceux qui viennent observer ce qui s'y passe.


