Affichage des articles dont le libellé est Un album. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Un album. Afficher tous les articles

mardi 21 février 2012

Un album #11 : Teenage Fanclub - Songs From Northern Britain [1997]

Il y a des matins comme ça, où l'on se lève en constatant, malgré l'hiver, que le ciel est bleu azur, et que le soleil inonde cette satanée ville dans laquelle on se sent parfois un peu enterré. De ce coup d'oeil quasi-émerveillé par la fenêtre naît une idée : trouver le disque ultime pour faire basculer d'emblée la journée côté versant heureux de l'existence. Et bien Songs From Northern Britain est, à l'évidence, ce disque. C'est le sixième du Teenage Fanclub (en 8 ans, excusez du peu), ce groupe écossais qui a un jour rêvé d'être américain, relocalisant par là-même près de Glasgow l'héritage de Big Star, Neil Young ou The Byrds. Ce sixième album, pour le trio Blake-Love-McGinley (quatre chansons chacun, égalité respectée comme il se doit) serait celui de la maturité si je ne détestais pas cette expression. Bien loin le grunge des débuts, le groupe paraît avoir stabilisé sur Grand Prix (1995) sa formule power-pop chatoyante autour d'harmonies à la classe intemporelle. Mais alors qu'on aurait pu penser que tout était dit par Sparky's Dream ou Don't Look Back, les Fannies réservent encore la surprise d'un disque où ils exploitent pleinement leurs capacités.


Pensez-donc, est-il possible de faire mieux que cette ouverture sur Start Again (=>) ? Au delà du petit coup de coude malicieux destiné à nous signaler que "ça redémarre", quelle love-song chers camarades! Ligné mélodique toute en clarté, Norman Blake aux commandes, d'un optimisme qui force l'admiration. Car s'il fallait tout refaire (en mieux), Norman recommencerait sans hésiter ("And even though it's complicated/We've got time to start again"), sans doute assuré que le plus beau reste à vivre, ce que nous confirme le solo final, qui fait s'envoler le peu de tristesse qui aurait miraculeusement survécu jusque là. C'est donc dans un sourire qu'on écoute Gerard Love, en mode légende vivante, et au relais sur Ain't That Enough. J'ai comme envie d'être vulgaire en entamant ma phrase par "bordel" car ... Bordel, quelle composition! C'est simple, clair, délicat, ça fait briller le soleil comme pas possible. Il y a ce souffle contemplatif, ce bonheur tranquille et amoureux, cette classe infinie des arrangements, des harmonies fabuleuses. Rien ne peut arriver quand Gerard entonne son "Here is a sunrise, ain't that enough?/True as a clear sky, ain't that enough?", car ce lever de soleil suffit largement, à mes yeux. Si d'aventure, cher lecteur, tu es malheureux pour une raison ou une autre, ce morceau change la vie. Tu es prévenu.


Je ne vais pas continuer plus longtemps le track-by-track. Simplement convient-il de remarquer que chacune des douze finesses que contient Songs From Northern Britain porte en elle ce moment de magie, ce truc en plus qui berce, accompagne, remonte le moral, va chercher le beau là où il est pour le retranscrire, le diffuser à toute oreille sous forme d'une pop-song majestueuse. Ces chansons se savourent à la lumière du jour, peut-être un après-midi radieux, au grand air. Des guitares joliment délurées de Can't Feel My Soul (=>) à l'amour bienveillant d'I Don't Want Control Of You, la palette est toujours cohérente : vers le positif, la beauté simple d'un songwriting délié. Les disques heureux le sont souvent dans la jeunesse impétueuse, l'urgence de l’insouciance. Sauf qu'ici, c'est la force tranquille des Fannies qui parle : trois mecs qui semblent tourner à la sérénité, à l'assurance, plongés dans la douce euphorie de compositions immédiates, qui coulent délicieusement. On craque pour les courses éperdues de Take The Long Way Round (=>), pour la quiétude cajoleuse de Winter (=>) ... Et puis surtout, pour l'instant de génie de Raymond McGinley, qui livre la bluette acoustique Your Love Is The Place Where I Come From (=>), sommet de sincérité et d'amour, avoué au fond des yeux, la gorge à peine serrée sur l'entame, avant de se laisser aller à la tendresse la plus absolue dans un refrain de confidence.


Au fond, il est immensément rassurant qu'un disque comme celui-là existe. Ces douze morceaux sont simples et lumineux, chaleureux en toute occasion. Gerard Love a sans doute le mot de la fin dans Speed Of Light (=>), conseillant un sublime "Don't forget to let your feelings go ...". Des mots et des chansons qui rappellent surtout à quel point tout vaut bien d'être vécu, tant il y a des bonheurs et des douceurs à chercher un peu partout. Alors un matin où le soleil brille mais où vous vous demandez si vous espérez encore quelque chose, écoutez ces chansons : elles pourraient bien vous sauver la vie.

samedi 22 octobre 2011

Un album #10 : Belle And Sebastian - If You're Feeling Sinister [1996]

Il y a des albums, comme ça, qui non seulement nous touchent, mais qui en plus, restent avec nous, allez savoir pourquoi. Des albums qu'on connaît plus que par coeur, et qu'on écoute pourtant plus que régulièrement. Des albums qui nous touchent, et en même temps, nous rassurent. Des albums dans lesquels on rentre comme dans un lieu où l'on se sentirait bien, isolé de tous les tracas, isolé du reste du monde et de ses turpitudes. Des albums où chaque chanson raconte son histoire, et où chacune de ces histoires peut se voir appropriée, comprise. Il est, tout simplement, des albums marquants, qu'on vit avec une intensité qui dépasse parfois un peu le cadre de l'amour de la pop-song, pour glisser dans l'irrationnel. Le deuxième album des écossais de Belle & Sebastian, If You're Feeling Sinister, sorti en Novembre 1996 chez Jeepster Records, fait partie de ces albums dont on ne saurait trop décrire l'importance. Quoique l'on puisse toujours essayer d'expliquer ce qu'on peut ressentir à leur écoute ...


Dès The Stars Of Track And Field (=>), le ton de l'oeuvre est donné : Stuart Murdoch chante d'une voix incroyablement sensible, tout juste soutenu par une guitare acoustique discrète. La fragilité terrible de son chant dit tout de ce qu'offrira la musique du groupe de Glasgow : un instant de grâce merveilleux, une sensibilité totale exprimée dans des chansons qui figurent comme autant de souvenirs, de moments de vie chuchotés. Les apparitions de la guitare électrique de Stevie Jackson touchent la beauté, les arrangements sont d'une douceur fabuleuse (cette trompette ...), et s’épanouit ainsi un morceau intouchable. Le plus incroyable étant qu'il y en aura neuf autres, à commencer par Seeing Other People (=>), menée par un piano presque coquin au creux d'un presque sourire, et de réverbérations éclairées. La mélodie porte une facilité majestueuse, une impression de simplicité éloquente, et on sort du morceau par un fade-out malicieux. Survient ensuite, sans trop prévenir, le rythme effréné de Me And The Major (=>), et son harmonica désaxé. Un morceau touchant dans cette transition entre un couplet qui passe à une vitesse folle, et ce refrain où le temps semble reprendre son droit, où une nappe sonore pose les choses, laisse s'engouffrer la mélodie, pour enfin mener vers une outro dans laquelle le chant de Stuart se mue en tourbillon ("And the snow is falling, falling, falling, falling ..."), l'harmonica en douleur profonde, la météo en tempête troublante.


Le duo suivant va définitivement faire basculer le disque dans la déraison intime. Like Dylan In The Movies, en premier lieu, fait souffler le vent d'une mélancolie totale, et d'une solitude écorchée. Du "Take a tip from me/Don't go through the park/When you're on your own/It's a long walk home" qui plante un décor forcément légèrement triste, au refrain en forme d'envol sur des cordes ("If they follow you/Don't look back/Like Dylan in the movies ..."), la composition atteint un sommet de délicatesse qui peut nous ébranler sans la moindre difficulté. Viendra ensuite le pont aux paroles les plus fulgurantes et vraies qui puissent être, à tout jamais ("Yes you're worth the trouble/And you're worth the pain/You're worth the worry/I would do the same/If we all went back/To another time/I would love you over/I would love you over/I would love you ..."), un pont qui laisse sur son passage le vent de sentiments dispersés mais pleinement vécus. Comment imaginer, alors, que le relais puisse être pris par une chanson aussi attendrissante que The Fox In The Snow (=>), qui épuise son frêle piano au travers d'une ritournelle à la mélodie caressante, et d'histoires qu'on ne comprend pas vraiment mais auxquelles on s'identifierait si vite. Et quand, dans un final à la grandeur éclatante, les voix de Stuart et de Stevie se répondent, on mesurerait presque à quel point Belle & Sebastian peuvent atteindre les émotions les plus pures, les sensations les plus flamboyantes.


On retrouve bien vite un sourire timide en se plongeant dans Get Me Away From Here I'm Dying (=>), délice entraînant qui porte l'auditeur dans une lumière rassurante. On danserait presque timidement, si le refrain ne menait pas à une forme de questionnement profond ("I always cry at endings ..."). Au fond, rien ne dépasse jamais la folie de ces chansons qui étreignent, font presque bouger, en mélangeant pourtant à cela des blessures bien réelles, des coeurs brisés, des impasses déprimantes. Pop-song et ambiguïté du propos, j'ai déjà évoqué le concept. L'ambguïté que l'on retrouve avec ces cris de cour de récréation qui habillent le commencement d'If You're Feeling Sinister (=>), à l'instrumentation remarquable (ce piano qui vient ponctuer une guitare acoustique qui court sans savoir où elle va). Je ne m'attarderai pas sur le caractère ouvertement religieux du récit, mais il faut bien avouer que les personnages décrits par les paroles de Stuart Murdoch suscitent sans mal ce regard troublé, cette impression que l'on peut être complètement perdu, que le sens n'est pas forcément là où on l'imagine. Suit la charmante Mayfly (=>), où la guitare électrique éclaire le moindre espace d'une lumière fatale. Allez savoir ce que Stuart raconte, peut-être qu'il attend quelqu'un en s'oubliant avec une autre, ou peut-être autre chose, quelle importance au fond? On se contentera sans hésiter de ce solo survenu comme un des plus beaux miracles de l'indie-pop, désarmant d'élégance et d'à propos.


The Boy Done Wrong Again (=>). Je ne sais pas si dire que cette chanson est émouvante suffirait. Je ne sais pas s'il est facile de pleurer, ni même si je pleure facilement, mais cette chanson m'a toujours bouleversée, marquée au plus profond, ne serait-ce que par sa mélodie innocente, ses cordes qui s'épanchent, comme brisées par le poids de sentiments trop lourds à porter. La voix de Stuart reste, tout le long, d'une admirable dignité, car on sent bien qu'il craque avec fierté, que sa tristesse est vécue avec sincérité, et retranscrite exactement comme elle a été vécue ("All I Wanted was to sing the saddest song/And if you would sing along/If you'd only sing along/I would be happier"). Enfin, Judy And The Dream Of Horses (=>) vient conclure et remporter la mise, sur la base d'un personnage de plus, une jeune fille presque délurée, au destin déroutant, et qui écrit des chansons au sujet de chevaux qu'elle croise dans ses rêves. Les vies décrites dans l'album sont presque les nôtres, sauf que pas tout-à-fait. La solitude est souvent présente, comme une forme d'hésitation à être pleinement, et avec elles un chagrin mignon comme tout. Judy fait résonner une flûte tout bête, des cuivres sans la moindre amertume, dans une mélodie à la perfection joueuse, espiègle. Comme si l'évidence était atteinte sans s'en rendre compte. Comme si l'irrationnel d'un album hors du temps, des modes et des codes, était au rendez-vous d'une rencontre heureuse.

jeudi 22 septembre 2011

Un album #9 : Lilys - A Brief History Of Amazing Letdowns [1994]

Comment aller de l'avant ? C'est peut-être la question que se pose Kurt Heasley, leader du groupe Bostonien Lilys, un an après la sortie en 1992 du bijou shoegazing In The Presence Of Nothing (chez Slumberland Records). Le bonhomme tente donc une réponse : il fait presque entièrement table rase du line-up qui l'accompagne, migre vers spinART Records (un label New-Yorkais, nettement moins "marqué", il faut bien le dire, que Slumberland dans ses choix), et laisse un peu de côté My Bloody Valentine, son influence de toujours, pour glisser dans une pop à guitares directe et frondeuse. Le résultat, c'est l'enregistrement, en Février et Mars 1993, du mini-album A Brief History Of Amazing Letdowns, qui sort en Mars 1994. Tout juste six morceaux planqués derrière une pochette quasi-nanarde (non mais ce petit truc tout rond avec un sourire de psychopathe, franchement ?), pour une oeuvre de transition, dynamique et éclairée.

Lilys n'hésite pas une seconde, et lance les hostilités de la plus belle des manières en envoyant la magistrale Ginger (=>). Comment ne pas être soufflé par cette guitare qui sonne comme dans un rêve ? Le bruit caractéristique d'une légère fuzz sur des accords déliés, qui tissent une mélodie gonflée d'un espoir vibrant. La voix de Kurt Heasley est tremblante, mal assurée, mais jamais vraiment hésitante, et ouvre son texte par une image touchante ("When you leave it will be cold outside ..."). La composition va se plaire à explorer des terrains inconnus, des breaks improbables mais inévitablement attachants, quand les montées, frappées ou bruitistes, se muent en envols excitants, laissant pourtant toujours la place, en définitive, à ce couplet qu'on savoure les yeux fermés ("And she comes and she goes but she mostly goes ...") et la tête secouée (cette ligne de guitare, jouissive comme pas permis). Dans la foulée, on passe à deux sucreries chronométrées à moins de deux minutes, à commencer par Ycjcyaqfrj (=>), qui calme le rythme, avant de dévoiler une vraie délicatesse, une voix endormie, une basse ronde et douce, une guitare qui éclate dans un delay tournoyant. Le propos, volontairement raccourci, pose une histoire minuscule, et pour tout dire, attendrissante. Il en est un peu de même, ensuite, avec Any Place I've Lived (=>), un mid-tempo à la mélodie éclatante, pareille à un sourire timide mais sincère. Un balancement léger qui pousse à reprendre doucement les "Hey hey, my friend" inauguraux, puis à se perdre dans un horizon lointain à l'instant où Kurt Heasley, malicieux jusque dans sa drôle de tristesse, demande : "Do you think you can bring me up/Like you bring me down ?/Down down shoo bop ..." Un instant pop ultime, à la simplicité désarmante.

On trouve à la suite Jenny, Andrew And Me (=>), qui renoue avec des durées plus importantes, et qui surtout, plonge dans une mélancolie acidulée et ensoleillée. Encore une fois, et face à des paroles un peu illusoires (quoique, le "It's just because you have a car, just because you have a car ..." final se laisse aimablement chantonner), c'est une guitare intense et exaltée qui porte le morceau, orchestrant à merveille les moments où les sentiments débordent (ce solo, comme un naufrage sublimé), et ceux où le coeur connaît une fêlure intime. Enfin, ou presque, Dandy (=>) bazarde son petit côté branleur, en restant pourtant en permanence sur le fil d'une fragilité portée en étendard par un chant qui ne cache pas sa vulnérabilité. Les choses coulent avec une aisance renversante, chaque accroche semble décisive et parfaitement pensée. Largement de quoi oublier facilement Evel Knievel, dernière piste expérimentale et abstraite au point de sembler inutile. Qu'importe donc, car en cinq chansons fatales, Lilys parviennent à un mini-album fulgurant, de ceux qui font souffler un vent d'évidence par lequel on se laisse volontiers emporter ...

vendredi 6 mai 2011

Un album #8 : Rocketship - A Certain Smile, A Certain Sadness [1996]

Il est des albums qu'on peine à décrire avec objectivité, car ils frappent en plein coeur, et qu'aucun échappatoire raisonné n'existe. Il est aussi des albums qui marquent plus que tout par leur symbolique, par leur volonté d'assumer jusqu'au bout, de tout dire en mettant en avant des choix sans doute excessifs, mais fondamentalement sincères. A Certain Smile, A Certain Sadness, le premier disque des Californiens de Rocketship, peut être rangé dans chacune de ces catégories. Nous sommes en 1996, et ces quatre jeunes gens (Dustin Reske au songwriting, à la guitare et au chant, accompagné à ce moment-là de Vera Brock à la basse et au chant, Hedi Barney aux claviers, et Jim Rivas à la batterie) ont trouvé refuge chez Slumberland Records, après un premier single sur The Bus Stop Label (Hey, Hey Girl en 1994). Nous ne sommes pas plus tard qu'en Janvier, et derrière cette pochette poignante à l'éclat désuet se cachent huit morceaux, prêts à bouleverser toutes les âmes sensibles.

Les choses sont sans conteste au point dès I Love You Like The Way That I Used To Do (=>) : on se plonge dans une oeuvre de croisements, de synthèse. Le ton est résolument twee (garçon et fille aux voix entrelacées, atmosphère posée comme une couche de sucre glace, "ooh ooh ooh" dessinant une mélodie à en perdre la raison), la construction lorgne plutôt vers le shoegazing (on va d'éclatements en exaltations en suivant la piste de montées bruitistes étoilées), et la mise en son rugueuse met le clavier en avant dans le plus pur style 60's. Et puis ... c'est tout simplement écrit comme dans un rêve. Une évidence totale, où chacun des breaks, pourtant audacieux, n'hésite pas à nous serrer dans ses bras, où chacun des remous d'une montagne russe délicieuse retourne le coeur dans un clin d'oeil coquin. Suit une première surprise : le groupe se fend d'un appendice instrumental à la façon de My Bloody Valentine sur Loveless. Aimable transition vers Kisses Are Always Promises, qui convoque une ambiance réellement naïve, portée par ce synthé halluciné, ces lignes mélodiques simples comme bonjour, et surtout cette timidité qu'évoque la voix de Dustin Reske.


On se permet ensuite une première balade au détour de Heather, Tell Me Why (=>). Une boucle synthétique impénétrable soutient toujours ce même synthé qui crépite pourtant dans la fatigue, alors que des arpèges de guitare acoustique s'épuisent dans le lointain. Les mots fuient dans le vague, les voix se mêlent d'une franche tristesse, le vent souffle sur des souvenirs désespérés, des espoirs déçus ("All my nights are filled with dreams about you/But my arms are empty babe without you."). Le murmure d'un ange se propage (Bilinda Butcher, es-tu là ?), et on se dit que la fêlure est immense. Presque autant que l'envie d'en découdre sur Let's Go Away (=>), qui se joue d'une attente même pas raisonnable avant de s'enflammer dans un refrain jouissif, l'envie d'ailleurs comme seule finalité, une course folle les yeux fermés en guise de moyen de transport ("So we can go ... away"). Puis cet inlassable motif de basse sera répété dans une circonvolution rapidement éclatée, bientôt lassée. Le prix de la pop-song ensoleillée est ensuite remis à I'm Lost Without You Here (=>), à peine deux minutes d'insouciance curieusement vulnérable, sur un mode up-tempo qui laisse en définitive assez peu le temps de s'inquiéter. Les breaks sont renversants, les secousses ravissantes, et s'attache sur nos lèvres un sourire convaincu : il n'y a en réalité pas lieu de craindre la perdition. Un interlude plus loin, Carrie Cooksey (=>) s'inscrit sans hésitation dans cette ligne impétueuse : batterie martelée sans relâchement, mélodie acidulée, tête dans les étoiles (et l'ecstasy ?), et ce pour tout juste une minute, avant une pause en forme d'interrogation, simplement destinée à permettre aux réacteurs de la fusée noisy d'entrer en fusion. Adieu la terre.

Mais c'est dans un souffle d'ambiguïté que va se terminer l'album. We're Both Alone (=>) raconte d'abord les possibilités, les espoirs adolescents, dans une douceur improbable. On aperçoit même des violons venus souligner ce balancement rétro, et le rêve de cette mélodie candide. La plus exquise mise en musique qu'un soupir amoureux puisse connaître. Sauf que la pop est affaire de contrastes, et de coeurs brisés. Friendships And Love (=>) constitue sans doute à ce titre le plus triste et plus intense instant twee jamais imaginé. Ce rythme lent, résigné, cette voix qui traîne, les yeux dans le vague, incapables de fixer quoi que ce soit, perdus dans une rupture trop dure à accepter. Ces claviers qui pleurent pour de bon, cette fatigue, et puis ces mots, qui n'y croient plus ("Don't you think we could pretend/That friendships and love never end/Though I know, it's true/They do, they do, they do."), mais qui restent inoubliables pour peu qu'on les ait approchés. A Certain Smile, A Certain Sadness : après tout, nous étions prévenus.

mercredi 26 janvier 2011

Un album #7 : Allo Darlin' - Allo Darlin' [2010]

L'annonce du passage d'Allo Darlin' à Toulouse au mois de Mars m'a plongé, je l'avoue bien volontiers, dans une grande joie, rien qu'à l'idée de pouvoir danser (de façon probablement absolument ridicule) sur toutes ces sucreries qu'ils ont enregistrées, et que je connais déjà par coeur. La bande, formée à Londres début 2009 sur la base de l'imagination d'Elizabeth Morris, chanteuse d'origine australienne (qui traine aussi avec Amelia Fletcher dans Tender Trap, ce qui constitue quand même une ligne forte dans un CV), s'est en effet imposée, en quelque chose comme un an et demi, comme un bijou indie-pop (pour ne pas dire twee, par séquences) dans la plus pure tradition. Passés les a priori quant à l'utilisation de l'ukulele, instrument terriblement énervant en temps normal, on avait pu se glisser dans quelques singles pétillants et excitants, dont la présence sur ce premier essai longue distance offrait déjà quelques garanties de jolis moments. Ce qu'on avait peut-être moins vu venir, c'est à quel point cet album éponyme, sorti en Juin 2010 chez Fortuna Pop! Records, serait finalement entièrement addictif, et surtout particulièrement attachant.

Alors Allo Darlin', c'est avant tout une capacité réjouissante à écrire des mélodies simples mais irrésistibles. Et à ce titre, Dreaming (=>) s'impose comme une belle entrée en matière, guidée par un duo vocal mignon de hors-sujet. La chanson est construite autour d'une section rythmique souriante, surplombée d'un ukulele discret, et d'une guitare qui se balade, un peu distraite, mais bien souvent pertinente. Elizabeth impressionne d'emblée par la classe de ses mélodies vocales, et plus encore par la douceur qu'elle influe à ses chansons. Le constat est semblable sur The Polaroid Song, clipée façon The Breakfast Club, et véritable hymne twee, sautillante comme pas permis, arpèges malicieux mis en avant, pointe fine de nostalgie en clin d'oeil, choeurs enchantés posés un peu partout. Des ingrédients qui rendent impossible de résister à l'envie de danser dans sa chambre, en chantant à tue-tête ces paroles qu'on peut aisément s'approprier, tant elles sont révélatrices, touchantes, et surtout, tant elles semblent avoir été écrites juste pour nous.



Et cette capacité à trouver des mots que l'on retient vite, nécéssaires et lumineux, sera le fil rouge de tout l'album. Pas plus loin que sur Silver Dollars (=>), on retrouve ce propos, souvent de très fines observations, au point qu'on se sente parfois directement concerné. Le plaisir naïf ne s'en trouve que décuplé, d'autant que les mélodies dégagent une réelle aisance dans l'art de suggérer un bonheur teinté de sourires parfois gênés, et d'un peu d'émotion dispersée comme du sucre glace pour nous faire dans l'instant tomber amoureux. On peut citer à ce titre Kiss Your Lips (=>), avec son baiser réussi dans un cri de joie, son détour chez Weezer, mais aussi son pont soulevant une singulière hésitation, bien vites balayée heureusement. Comment, aussi, ne pas s'éprendre pour le sens de la formule de If Loneliness Was Art (=>) ("You've been on your own as long as I recall/If loneliness was art I could hang you from the wall/In some Berlin hall"), qui convoque les Just Joans, ou joue avec des codes d'un autre temps (les géniaux "sha-lalalala" du refrain) avant de se permettre d'enflammer un petit coeur sensible ("Everybody I know wants to be your friend/I just want to hold you when the music ends"). Craquant au possible.


La sensibilité, diffuse de par l'esprit de l'ensemble des compositions, et souvent matérialisée dans les passages où Elizabeth se trouve être seule, embrasse la balade (au bord d'un lac en Suède) Let's Go Swimming (=>), moment absolument délicieux de tendresse, rêverie menée par une guitare qui soupire de l'amour. Mention enfin au dernier single My Heart Is A Drummer (dans le genre jolie formule, ça se pose là), craquage dont on ne peut s'empêcher de chanter le refrain, quand on ne le mélange pas avec Girls Just Wanna Have Fun. Comment, aussi, ne pas fermer les yeux sur ce solo saupoudré de choeurs renversants ? C'est à peu près l'exact passage où les choses deviennent plus belles, et toute la force de ce premier album d'Allo Darlin' est là. Solidement ancré dans nos vies, il en ressort nombre de détails savoureux, et y ajoute une incroyable dose de magie, au cours de chansons parfois coquines, souvent évidentes. Et pour tout dire, indispensables ...

mercredi 27 octobre 2010

Un album #6 : Moscow Olympics - Cut The World [2008]

Malgré son caractère plutôt confidentiel, le mouvement shoegazing a indéniablement suscité, depuis ses origines, mais encore aujourd'hui, des vocations à travers la planète, y compris dans des pays dont la scène musicale reste pour le moins énigmatique. Pas évident, même en y réfléchissant longtemps, de citer par exemple le nom d'un groupe Philippin, malgré près de 100 millions d'habitants sur l'archipel. Mais vous pourrez désormais briller en société par l'évocation d'un quatuor au nom joliment désuet : Moscow Olympics. Signé en 2008, pour leur premier mini-album, chez les suédois de Lavender Recordings (troisième référence à l'époque pour un label qui semble aujourd'hui en sommeil), le groupe propose à travers les sept morceaux de ce Cut The World une musique envoutante et majestueuse.

L'introduction est confiée à What Is Left Unsaid (=>), dont le seul titre augure d'un ravissant moment. Les arpèges brillent d'une lumière lunaire, pâle mais sublime, alors que se débat en fond une batterie prise de spasmes habités. On croit pouvoir citer l'influence de The Wake quand arrive un synthé fatal, prêt à soulever la chanson et à la porter sur ses épaules. Pourtant, un break inattendu nous plonge dans une atmosphère plus dream-pop, brumeuse à souhait, avec une mélodie moins rentre-dedans, mais pas moins séduisante, tant elle dégage de douceur, et tant les soupirs de la voix confinent à la magie, surtout dans un final éblouissant, du genre à briser un coeur ou à faire tomber amoureux. C'est tout retourné qu'il faut accueillir No Winter, No Autumn (=>), qui nous refait le coup des arpèges en éclaireurs, et de l'influence de New Order cette fois imprégnée dans une basse possédée par l'esprit de Peter Hook. La structure du morceau, éclatée, ne masque pas pour autant les intentions mélodiques d'un ensemble qui fourmille d'idées, de détails savoureux. Petite surprise quand déboule l'introduction très Joy Division de Second Trace, qui se fond pourtant à merveille dans un éclatement shoegaze d'envergure. Vient le moment de se faire fusiller par une batterie perdue, qui lance un couplet, un refrain, ou du moins quelque chose propice à ce que se pose une voix d'ange un peu intimidé. Au fond de ce vent tourbillonant, les repères se brouillent, et quand la voix s'efface, on se raccroche à ces lignes de guitares claires et pures. Intense.



La première tentative d'écriture pop (au sens d'une syntaxe limpide) est Safe (=>), qui déploie ses guitares entremêlées et brillantes jusqu'à un couplet où entre ce chant perdu au fond d'un brouillard épais, dont on ne perçoit finalement que l'émotion (à défaut de pouvoir en déchiffrer les mots). Puis arrive un refrain admirable, qui insiste sur cette équation insoluble entre fragilité, excitation et énergie. Avant qu'une outro tremblante et mélancolique, ne s'épuise au loin. Suivront Carolyn, à deux voix, plus reposée, et surtout Ocean Sign (=>), qui semble se chercher un peu dans un paysage de désolation, avant d'être bousculée d'un refrain final épique, mur de guitares glacial en avant. Pour finir, se présente la chanson-titre Cut The World (=>), imprégnée dans ses couplets d'une hésitation qui se rapproche du doute, ou de la timidité, peut-être. Pourtant le refrain vient balayer, éblouïr aussi, dans un instant d'abandon, de dépassement des perspectives, d'évidence, probablement. Et au fond, c'est de cette évidence qu'est constituée en premier lieu la musique de Moscow Olympics, ancrée dans un contraste qui mêle ambition dans la construction, et classicisme dans la forme, entre New-Wave et Shoegazing.

vendredi 10 septembre 2010

Un album #5 : My Bloody Valentine - Loveless [1991]

Il est des albums que l'on n'oserait évoquer, de peur de ne pas en saisir toute l'essence. J'ai longtemps hésité sur le bien fondé de quelques lignes à propos du Loveless de My Bloody Valentine. Il faut bien se rendre compte que l'on n'appréhende pas facilement l'oeuvre majeure de Kevin Shields. Mettre des mots sur une telle immensité, mais pour quoi faire ? Allez savoir, j'avais envie de raconter une histoire. L'histoire d'un album qui a bien failli faire couler Creation Records, le label, qui avait osé donner aux Irlandais tout ce qu'ils demanderaient. Un album qui marque l'apogée totale d'un mouvement shoegaze chatoyant. Un album, enfin, et surtout, qui dépasse nombre de limites que l'on s'imaginait infranchissables.

La déflagration qui nait sur Only Shallow s'avère, d'entrée de jeu, époustouflante. La batterie, bien que martelée, sort à peine la tête, et le déluge de guitares (la pochette du disque avait vu juste) est tel que la voix sensuelle et flottante de Bilinda Butcher se pose en antithèse délicieuse, douceur figée dans une tempête de bruit. Déjà, la mélodie se dessine, légèrement sucrée, troublée, mais envoutante. On pourrait presque s'arrêter là, sur cette composition magistrale (secondée d'un appendice fumant), première image d'un album impossible. Pourtant, vient déjà Loomer (=>), son rythme fatigué, son mur de guitare qu'on semble pouvoir toucher, tellement il est épais, tellement il semble glisser sous nos pieds. Bilinda, elle, se montre séduisante, et semble faire de chaque phrase un clin d'oeil. Dans la foulée, on pourrait croire inexplicable la minute de transition intitulée Touched, laissée au batteur Colm Ó Cíosòig. Elle marque, c'est cependant intéressant, un abandon total des guitares, pour une formule bruitiste qui bien que peu développée, signifie à quel point le groupe avait osé quitter ses propres sentiers battus.


To Here Knows When pose ensuite l'aplat sonore le plus épais du disque. La mélodie distendue, les guitares enveloppantes, les murmures de Bilinda dans un final intense, évoquent une magie nocturne et brumeuse, et une atmosphère, osons le mot, sexuelle. When You Sleep renoue elle ensuite avec un rythme plus enjoué. Comme un certain nombre de chansons sur l'album, elle est composée de couplets où s'épuisent des voix fantomatiques, avant un refrain instrumental dévastateur par son ampleur, son évidence mélodique, ses détails inexplicables (quel instrument peut bien produire ces sons ?). Fait rare, on saisit ici quelques paroles au vol, échappées pour une fois de manière vaguement intelligible. Peut-être la chanson du disque la plus fidèle au format pop classique, et aux impressions qu'il véhicule par son immédiateté. Sur I Only Said, l'abstrait prend à nouveau les commandes, pour diffuser des sensations planantes, dans une bouffée de défonce et de drogue, de lâcher prise (de lassitude ?). On ne songe même plus à résister à ce tourbillon de guitares sans mesure, à la fois hypnotique et extatique. On plonge, et l'on ne se demande même plus quand remonter.


Si l'on pensait s'être approché du fond, l'ouverture de la face-B sur Come In Alone nous emporte soudainement très en hauteur, loin au dessus de tout (ou peut-être de rien), pour une escapade amoureuse en apesanteur, rythmée ça et là par une batterie éclatée et des distortions perdues qui, à l'image de la voix, agissent comme un souffle dans le coup, raffraichissant et parfois excitant. Le contraste est troublant quand survient Sometimes, morceau le plus intimiste du disque, baigné des chuchotements de Kevin Shields, et de guitares brûlantes. Dans cette chambre, se joue l'expression d'un romantisme brisé, d'espoirs sans retour, de questions sans réponse. Loveless ne porte jamais aussi bien son nom que dans ces instants de perdition, d'usure, qui se dégagent d'une mélodie éteinte, comme si le processus de création, chaotique, avait irradié profondément l'oeuvre. Pourtant, l'univers évoqué ensuite par Blown A Wish semble tout acidulé, et le brouillard se trouve soudain constitué de sucre glace, laissant filtrer une guitare au lever du soleil. Ou comme si le garçon perdu sur la piste précédente avait trouvé avec lui, au petit matin (ou dans un rêve ?), quelqu'un pour le comprendre et lui glisser quelques mots à l'oreille. On trouve ensuite l'abrasive What You Want, menée de main de maitre par les fûts métronomiques de Colm Ó Cíosòig. Comme souvent, guitares, basse et voix se conjuguent dans une couche de son qu'on croit pouvoir appréhender lors d'un couplet déposé, avant qu'explose un refrain majestueux, éclatant.


Le temps d'une transition mystérieuse, et le disque s'achève sur l'imposante Soon, ouverte par un beat synthétique, avant qu'une boucle de batterie très rave ne prenne le relais. En résulte un cross-over épique, entre dance estampillée Madchester, shoegazing, et intentions pop. Mais le morceau joue dans le dépassement de ces bases : mélodie entêtante, structure éparpillée, longueur assumée, breaks efficaces, guitares incandescentes. Danser, rêver, et se laisser porter par une évidence, le temps de 7 minutes réellement uniques. Et c'est à mon sens l'image qu'il faut garder de Loveless : celle d'une oeuvre transcendentale, aux repères identifiables, mais totalement surpassés. Avant tout, Kevin Shields sait écrire des mélodies intemporelles, mais sa force est de les mettre en lumière sous un jour inédit, entre ambition démesurée et sensibilité exacerbée. Car, aussi, le couple Kevin Shields/Bilinda Butcher a tout donné, a trop donné à cet idéal, au point d'en sortir vidé de sa substance ("Loveless", sans amour ...), en même temps que de toute inspiration. Reste pour nous l'occasion d'être subjugués par une beauté éphémère et furtive, mais en tous points éblouissante.

lundi 26 juillet 2010

Un album #4 : Klaus&Kinski - Tu Hoguera Està Ardiendo [2008]

Pas facile de décrire en quelques mots la musique des espagnols de Klaus&Kinski. Impossible même, tant ce groupe, qu'on classera par flemme dans la case indie-pop, manie une forme d'éclectisme, en restant pourtant parfaitement cohérent. Car le quatuor Murciano (Marina Gòmez au chant, Alejandro Martìnez Moya à la guitare, Paco Martìnez Tomàs à la basse, et Alejandro Vicente-Yagüe au reste) navigue avec finesse entre des influences diverses et variées : le baroque de l'emprunt, comme nom de groupe, du patronyme de l'acteur le plus mentalement atteint de l'histoire du cinéma mondial, les facettes de leur Espagne, entre tradition flamenca et étendues baignées de soleil, et la filiation vers l'indie-pop britannique des plus belles années, mais aussi de ses racines pop-60's. Un cocktail bien curieux, pourtant particulièrement réussi sur leur premier essai, Tu Hoguera Està Ardiendo.

Tous ces ingrédients apparaissent dès El Cristo Del Perdòn (=>) (ne vous fiez pas aux noms de certaines chansons, je pense vraiment pas que ces gens soient croyants). Boite à rythmes endormie, basse Field-Micienne, enchevêtrements de guitares, structure pop mais légèrement déviante, et la superbe voix douce et effacée de Marina, généralement exactement sur le même plan que les guitares, en subtil équilibre. Mais avant tout, une mélodie claire et limpide, jusqu'à cette juxtaposition finale magnifique. La clipée Nunca Estàs A La Altura présente elle un très beau torrent de guitares shoegazing qui portent une mélodie éclatante. Là encore, le morceau est organisé de manière moins simple qu'il n'y parait : l'évidence des couplets est contrebalancée par des breaks qui apportent des nouveaux arguments à un bel édifice. Mélangeant arpèges acoustiques, et électronique dansante, Rocanrolear (=>) catapulte en plein été, et offre à Marina l'occasion de susurer quelques mots avec une sensualité séduisante. Grand écart avec Mengele Y El Amor (=>), exercice de style plongé dans les musiques traditionnelles espagnoles, avec son refrain excessif fait de cordes dramatiques et de choeurs grandiloquents. C'est pas dénué d'intérêt, et ça pose une forme de contexte, donc pas si hors-sujet que ça. Clipée également, Flash-back Al Revès est une sucrerie pop-acoustique ensoleillée, débridée, sautillante, et timidement souriante (c'est du moins ce que fait passer la voix de Marina, très "entre deux"). Les violons à contre-emploi sur le refrain sont assez géniaux.



On prend ensuite la route sur l'Autovìa de Albacete (=>), balade (en camion, sérieusement ?) en pleine chaleur sur des lignes droites interminables. Un instant pour souffler. Avec son beat très Au Revoir Simone, Muerte en Plasencia peine un peu à trouver ses marques avant l'arrivée d'un refrain qui vient sauver le tout avec une belle mélodie vocale. Suit Crucifixiòn, La Soluciòn (=>) qui s'alimente en tension pour offrir des guitares lumineuses, et des violons divins. Une tension encore plus présente sur Ronnie O'Sullivan, qui évoque une construction post-rock, mais à laquelle il manque le petit côté épique qui en aurait fait une réussite. Dommage. Telèfono de la Esperanza, de son côté, se montre beaucoup plus classique, mais étale peut-être sa mélodie entêtante sur une durée légèrement trop importante.



La tuerie indie-pop, cette fois-ci au sens le plus habituel du terme, est pour La Mano de Santa Teresa de Jesùs (=>), qui dévoile une fuzz printanière entièrement au service d'une réelle évidence mélodique. C'est simple, frais et exaltant, une grande chanson tout simplement. En la Cama (=>) restranscrit ensuite avec une fidélité déconcertante l'atmosphère de la matinée passée à ne surtout pas sortir du lit, pour la simple et bonne raison que l'on y est pas tout seul. Autant dire flemme, douceur, et surtout quelques regards amoureux. Les brouillards matinaux résument d'ailleurs très bien l'entrée en matière vaporeuse de Lo Que No Cura Mata (=>), avant une prise de pouvoir des guitares qui se fait comme au ralenti, pour dessiner en définitive un paysage incandescent. C'est la sensation d'observer une étendue dévastée qui prédomine par conséquent sur la conclusion Sintigo o Sin Ti, habitée d'une pâleur usée, plume perdue qui chemine lentement vers le sol. Quelques instants de calme pour se remémorer ce qui fait le charme de ce premier album : Klaus&Kinski savent composer ces chansons qui collent si bien à certains moments, ces mélodies qui imprègnent et marquent, ces arrangements qui plongent immédiatement dans une atmosphère singulière. Largement de quoi les placer à l'époque en position de meilleurs espoirs du microcosme indie espagnol. Une promesse confirmée depuis la sortie cette année de leur second album, Tierra, Tràgalos ...

mercredi 21 juillet 2010

Un album #3 : Wild Nothing - Gemini [2010]

Jack Tatum est jeune, et Jack Tatum est tout seul pour mener l'un de ses multiples projets, nommé Wild Nothing. Un nom énigmatique, pour un album, intitulé Gemini, qui ne l'est pas moins, tant il semble sortir de nulle part, le bonhomme ne s'étant révélé que tard en 2009 avec son premier single. La trajectoire est donc météorique, et peut-être faut-il simplement aller chercher les raisons à celà dans la musique de l'américain (en tous cas, pas dans un artwork un peu douteux) ...

L'ouverture est confiée à Live In Dreams (=>), qui pose assez clairement les lignes du son des quarante minutes à suivre : fade-in, nappes synthétiques douillettes, guitare froide, voix discrètement plaintive (un peu comme si Alec Ounsworth, se mettait à chuchoter). Mais surtout, mélodie éclatante et séduisante qui porte une composition baignée de candeur adolescente ("Because our lips won't last forever, and that's exactly why I'd rather live in dreams and I'd rather die."). La claque est assez magistrale, et on se prend donc à rêver. D'autant que c'est le très bon single Summer Holiday (=>) qui prend le relais, laissant entrevoir une noisy-pop ensoleillée, encore une fois assez naïve, faite de ces guitares qui tournoient longtemps dans les têtes. Il est cependant compliqué pour un être humain d'enchainer beaucoup plus de tueries sans faiblir un seul instant. Idée malheureusement confirmée par la suite de l'album. Si Drifter (=>) peut encore soutenir assez bien la comparaison, avec ses arpèges malicieux, son synthé très 80's et son refrain bousculé, on peine à trouver un réel intérêt à Pessimist (noyée chez 4AD, mais sans la maitrise), O, Lilac (bancale et réchauffée), ou Bored Games (qui ne décolle jamais vraiment). Un signe d'immaturité, tant le ressort mélodique demeure malgré tout intéressant.



L'aérienne Confirmation (=>) rassure néanmoins dans la foulée, avec sa guitare touchée de la grâce d'un Johnny Marr, et sa basse agile qui rappelle un peu The Wake (pensionnaires de Sarah Records et de la Factory, rappelons-le). On ne retiendra que partiellement My Angel Lonely, exercice de style sur le drum beat de Be My Baby, et ses couplets tout aussi poussifs que son refrain est agréable. The Witching Hour (=>) traine en terres électroniques décadentes une mélancolie un peu trop pesante, là encore seulement éclairée par un refrain saccadé mais grandiose. La vitalité fait son retour sur l'entrainante Chinatown, qui va chercher chez Even As We Speak une énergie et une fraicheur bienvenues. L'ensemble de la composition est pour le coup tout-à-fait au niveau du refrain qui domine le tout d'un oeil coquin. Même sensation de jeunesse timidement insolente sur Our Composition Book (=>), lancée façon TGV, les touches de guitare égrenant autant d'arbres trop vite dépassés, jusqu'à un émouvant passage sur un pont, qui semble surtout nous faire décoller des rails. Magique. Il est l'heure de conclure sur la chanson-titre Gemini (=>), étirée en de froides couches de synthés, venues glacer un morceau qui semble se perdre dans l'indicible. "Se perdre", c'est d'ailleurs bien la problématique de ce premier album, partagé entre évidences marquantes, et maladresses dommageables. Les mélodies restent, cependant. À Jack Tatum de nous montrer bientôt qu'il sait comment les projeter.

vendredi 25 juin 2010

Un album #2 : The Radio Dept. - Clinging To A Scheme [2010]

Je vais éviter de tourner autour du pot : Clinging To A Scheme, le troisème LP des suédois de The Radio Dept., est mon album de l'année 2010. Oui, dès Juin (et même depuis Mai). Autant le dire aussi tout de suite, ce disque réunit absolument tout les ingrédients pour me séduire, et même me faire tomber complètement amoureux : compositions éclatantes au goût indie-pop, influence claire d'une certaine idée (élégante) du shoegaze, instrumentations glissant souvent vers l'électronique. Deux ans de travail (produit par le groupe lui-même), puis quasi un an de report de la date de sortie. Un album attendu trop longtemps.


L'entrée dans cette merveille se fait sur la discrète Domestic Scene (=>), qui distille des arpèges délicats sur une rythmique tremblante. L'occasion d'entrer dans une ambiance feutrée, et de découvrir la voix de Johan Duncanson, traffiquée, et pourtant tellement touchante, parce qu'elle semble presque nous souffler ces quelques mots comme un secret qu'on confie ("Leaving just in time, I'm leaving just in time ..."). Vient ensuite le single qui porte le disque, Heaven's On Fire (=>). Un sample de Thurston Moore en pleine pensée gauchiste ouvre la voie d'une chanson imparable (mais comment imaginer, à ce stade-là, qu'elles le seront quasiment toutes ?), comme si Saint-Etienne branchaient des guitares pour magnifier une évidence mélodique. Les breaks sont irrésistibles, sans parler de l'envie de bouger ... La magie continue d'opérer sur la frénétique This Time Around (=>), portée par une batterie qui court comme un poulet sans tête. On sait pas trop comment la basse suit, mais ça colle particulièrement bien en dégageant un sentiment d'excitation, jeunesse sans avenir en étendard. Retour de la patte stéphanoise sur Never Follow Suit (=>), qui laisse un pouvoir total aux synthés, pour 4 minutes qui respirent les nuits d'été à danser jusqu'à en avoir mal aux pieds (à signaler que le sample en plein milieu du morceau est extrait de Style Wars, film culte d'Henry Chalfant sur le graffiti New-Yorkais du début des 80's. Même dans ses références les plus inattendues, ce disque est fait pour moi !).


Le repos est imposé par A Token Of Gratitude (=>), qui marque une pause savoureuse, avec son delay qui joue à Pong, son travail sur les textures, pour une petite aventure sur des terres électroniques, marquée par une lente montée vers les étoiles. Et alors que les yeux sont embués, l'enchainement avec The Video Dept. (=>) est absolument dévastateur, tant l'explosion que constitue ce miracle pop-fuzz emporte tout sur son passage. Quel bonheur d'être à ce point surpris par l'évidence la plus éclatante, comme si la fille avec qui t'es posé dans l'herbe, et pour qui tu craques sans jamais avoir rien dit, t'embrassait sans te demander ton avis. Dans la foulée, Memory Loss (=>) navigue en apesanteur, superpose délicieusement les instruments, pour créer au ralenti les images d'un paysage rêvé.


La suite est laissée à l'autre single, David (=>), sorti il y a maintenant un an de ça, mélange des genres particulièrement osé d'un instru quasi Hip-Hop (on va dire West-Coast début 00's), et de cette voix hantée par le shoegaze, dans une structure fondamentalement pop. Intéressant. Pour nous amener jusqu'à la conclusion, la courte instrumentale Four Months In The Shade (=>) se fait noisy et vaporeuse (un peu à la manière des interludes de Loveless). Pour finir, You Stopped Making Sense (=>) enveloppe tout d'un brouillard matinal, duquel ne semblent pouvoir s'échapper qu'un infatigable glockenspiel, une guitare fragile, et la voix de Duncanson, un peu perdu, surtout nostalgique d'un amour qui s'évapore. D'un été qui s'éteint. D'un album qui se termine. Heureusement, il y a une touche repeat. Car devant autant de mélodies, d'idées, de maturité, de simplicité, et pour tout dire, de perfection, difficile de ne pas souhaiter que tout recommence.

dimanche 13 juin 2010

Un album #1 : Ceremony - Ceremony [2005]

Le monde est petit, surtout dans l'underground noise New-Yorkais des années 2000. Le canal historique est formé par Skywave, groupement actif depuis les années 90 jusque quelque part en 2004, au sein duquel on trouvait les activistes Oliver Ackerman, John Fedowitz et Paul Backer. Ces noms ne vous disent probablement pas grand chose. Car seul Oliver Ackerman (bricoleur de pédales d'effet chez Death By Audio) a depuis tiré son épingle du jeu avec les bruyants A Place To Bury Strangers. Les deux autres ? Ils attendent leur heure. Au sein de Ceremony, formation de seconde zone, voire de troisème, enfin voila quoi.


Au rayon de leurs albums autoproduits, leur première tentative est éponyme, chez Safranin (label pour le moins obscur), en 2005. La déflagration qui en resulte relève de l'improbable. On passera sur 3 premières chansons anecdotiques voire dispensables, où des beats house (le disque entier est géré à la boite à rythme) se marient assez mal avec les guitares arrachées, le tout étant malheureusement produit de façon quelque peu chaotique. Mais le reste, le reste, les 4 chansons qui restent, là, c'est tout-à-fait autre chose. Too Many Times (=>) laisse le contrôle à la basse pour une mélodie simple et robuste, tandis que les guitares crient. C'est strident au possible, mais ça garde du sens, jusqu'au refrain up-tempo qui défonce tout, dans le plus pur style J&MC. Our Last Goodbye (=>) est plus sombre, s'ouvrant avec un sample électronique inquiétant, une guitare aux incantations désespérées, et une voix de déterré. Tout est au diapason, avec une tension palpable, et un refrain superbe. Probablement la pièce fondamentale du disque. Dans la foulée, Clouds vient réanimer le shoegaze dans ce qu'il a de plus classique et de plus classieux, on se croirait chez Slowdive ou sur Loveless : mélodie pop, et couches de guitares empilées. Presque irréel. Fin des hostilités sur Old, tout aussi bien pensée, refrain déchirant en prime et décès de nos oreilles sous la pression. Malgré une production qui sent l'amateurisme, et un début de disque raté, Ceremony vient donc livrer 4 compositions sauvages et magistrales, entre noirceur new-wave et incandescence shoegaze. De quoi, sans sortir de l'ombre, ravir ceux qui viennent observer ce qui s'y passe.

 
 
Copyright © Chocolate, Love, Sex.
Blogger Theme by BloggerThemes Design by Diovo.com