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jeudi 22 septembre 2011

Un album #9 : Lilys - A Brief History Of Amazing Letdowns [1994]

Comment aller de l'avant ? C'est peut-être la question que se pose Kurt Heasley, leader du groupe Bostonien Lilys, un an après la sortie en 1992 du bijou shoegazing In The Presence Of Nothing (chez Slumberland Records). Le bonhomme tente donc une réponse : il fait presque entièrement table rase du line-up qui l'accompagne, migre vers spinART Records (un label New-Yorkais, nettement moins "marqué", il faut bien le dire, que Slumberland dans ses choix), et laisse un peu de côté My Bloody Valentine, son influence de toujours, pour glisser dans une pop à guitares directe et frondeuse. Le résultat, c'est l'enregistrement, en Février et Mars 1993, du mini-album A Brief History Of Amazing Letdowns, qui sort en Mars 1994. Tout juste six morceaux planqués derrière une pochette quasi-nanarde (non mais ce petit truc tout rond avec un sourire de psychopathe, franchement ?), pour une oeuvre de transition, dynamique et éclairée.

Lilys n'hésite pas une seconde, et lance les hostilités de la plus belle des manières en envoyant la magistrale Ginger (=>). Comment ne pas être soufflé par cette guitare qui sonne comme dans un rêve ? Le bruit caractéristique d'une légère fuzz sur des accords déliés, qui tissent une mélodie gonflée d'un espoir vibrant. La voix de Kurt Heasley est tremblante, mal assurée, mais jamais vraiment hésitante, et ouvre son texte par une image touchante ("When you leave it will be cold outside ..."). La composition va se plaire à explorer des terrains inconnus, des breaks improbables mais inévitablement attachants, quand les montées, frappées ou bruitistes, se muent en envols excitants, laissant pourtant toujours la place, en définitive, à ce couplet qu'on savoure les yeux fermés ("And she comes and she goes but she mostly goes ...") et la tête secouée (cette ligne de guitare, jouissive comme pas permis). Dans la foulée, on passe à deux sucreries chronométrées à moins de deux minutes, à commencer par Ycjcyaqfrj (=>), qui calme le rythme, avant de dévoiler une vraie délicatesse, une voix endormie, une basse ronde et douce, une guitare qui éclate dans un delay tournoyant. Le propos, volontairement raccourci, pose une histoire minuscule, et pour tout dire, attendrissante. Il en est un peu de même, ensuite, avec Any Place I've Lived (=>), un mid-tempo à la mélodie éclatante, pareille à un sourire timide mais sincère. Un balancement léger qui pousse à reprendre doucement les "Hey hey, my friend" inauguraux, puis à se perdre dans un horizon lointain à l'instant où Kurt Heasley, malicieux jusque dans sa drôle de tristesse, demande : "Do you think you can bring me up/Like you bring me down ?/Down down shoo bop ..." Un instant pop ultime, à la simplicité désarmante.

On trouve à la suite Jenny, Andrew And Me (=>), qui renoue avec des durées plus importantes, et qui surtout, plonge dans une mélancolie acidulée et ensoleillée. Encore une fois, et face à des paroles un peu illusoires (quoique, le "It's just because you have a car, just because you have a car ..." final se laisse aimablement chantonner), c'est une guitare intense et exaltée qui porte le morceau, orchestrant à merveille les moments où les sentiments débordent (ce solo, comme un naufrage sublimé), et ceux où le coeur connaît une fêlure intime. Enfin, ou presque, Dandy (=>) bazarde son petit côté branleur, en restant pourtant en permanence sur le fil d'une fragilité portée en étendard par un chant qui ne cache pas sa vulnérabilité. Les choses coulent avec une aisance renversante, chaque accroche semble décisive et parfaitement pensée. Largement de quoi oublier facilement Evel Knievel, dernière piste expérimentale et abstraite au point de sembler inutile. Qu'importe donc, car en cinq chansons fatales, Lilys parviennent à un mini-album fulgurant, de ceux qui font souffler un vent d'évidence par lequel on se laisse volontiers emporter ...

mardi 18 janvier 2011

Un single #17 : Lilys - February Fourteenth [1991]

Comment se pencher sur le monde de l'indie-pop des années 1990 sans faire mention de Slumberland ? Impossible d'y couper. Car à l'époque même où les coeurs brisés du Royaume-Uni trouvaient du réconfort chez leur meilleure amie Sarah, les américains craquaient donc de leur côté pour Slumberland Records. La structure portée par Michael Schulman (membre éminent de Black Tambourine), fortement inspirée par ses collègues comme K Records, apparait en 1989 sur la côte Est (Washington DC), puis sera délocalisée du côté de la Californie. Les points communs avec le label de Bristol, outre le fait d'avoir quelques groupes en commun (de tête, St. Christopher, Boyracer et 14 Iced Bears, corrigez-moi si j'oublie quelqu'un), résident dans une esthétique portée comme un flambeau, et dans cette vision d'une pop à l'amateurisme fulgurant, et à l'innocence prononcée. Parfait exemple avec Lilys, des locaux de la capitale américaine, qui sortent avec ce February Fourteenth leur premier single (nous sommes en Mars 1991), en même temps que la septième référence de leur label.

February Fourteenth (=>) occupe donc la face-A. Pour ceux qui n'auraient pas suivi, c'est la date de la Saint Valentin ... S'agirait-il par là de rendre hommage à My Bloody Valentine ? L'hypothèse n'est pas à exclure, tant l'influence du MBV première époque est palpable à l'écoute de la chanson. Car après une introduction ou les guitares expriment des relents très surf-music, la rythmique débarque carrément ventre à terre, et emporte avec elle un vacarme furieux donnant naissance à une mélodie éclatante et éclatée, ensoleillée par une intensité incontrôlée. Sur ce qui ressemble à un refrain, on retrouve un échange garçon-fille forcément fatal (avec toujours cette pointe de timidité, que met d'ailleurs en évidence la pochette du single), et dont les paroles incompréhensibles ne laissent d'autre choix que celui d'une interprétation imparfaite. Qu'importe, tant l'énergie balaie tout sur son passage, comme lors du pont où les guitares se mettent soudain à hurler un feedback épileptique. Une sacrée bouffée d'air frais, la jeunesse incandescente à la conquête du monde.

Sur la face-B, on trouve Threw A Day (=>), qui se fera également sa place plus tard sur In The Presence Of Nothing, le premier album du groupe. Elle commence à peine plus calmement avec des arpèges sous effets, avant que ne rentre une batterie lourde et violente. Un contraste se crée avec la voix douce de Kurt Heasley, qui chante cette fois des paroles qu'on devine plus romantiques. Malgré tout, la folie sonore qui l'entoure ne prend jamais le temps de s'arrêter, entre une basse virulente, et une guitare rythmique dévastatrice. C'est pourtant là que le shoegazing gagne ses lettres de noblesse, au milieu de mélodies d'une pureté magistrale, d'envols bruyants qui élèvent le propos tout autant qu'ils ne le brouillent. La composition pop, ainsi bousculée, trouve une émotion inédite dans l'ambigüité de ces choses que l'on cache derrière un mur de son ... comme pour mieux les souligner.
 
 
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