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mardi 27 septembre 2011

Out This Week #10 : Youth Lagoon - The Year Of Hibernation

Les choses vont de plus en plus vite. On imagine que cette idée doit traverser, à l'occasion, l'esprit de Trevor Powers, un garçon de 22 ans qui vit à Boise, dans l'Idaho. Un garçon qui, comme tant d'autres (mais avec un talent certain), donne corps, depuis sa chambre d'étudiant, à ses songes musicaux, façon DIY et interminables nuits blanches. Le résultat (July et Cannons, découvertes en binôme), à peine posté sur bandcamp au printemps, a immédiatement suscité l'intérêt de la blogosphère omnisciente, qui s'est chargée de faire monter, comme il se doit et en tout juste un été, la pression entourant la sortie possible d'un premier album de ce projet nommé Youth Lagoon. De quoi permettre au jeune américain de trouver des labels bienveillants (Lefse Records pour l'Europe, et surtout, la respectable maison Fat Possum pour son pays d'origine) pour sortir, en cette dernière semaine de Septembre (accompagnant par là-même un début d'automne drôlement ensoleillé), le magnifique disque qu'est The Year Of Hibernation.


Le lancement est confié à Posters, qui pose sans attendre l'ambiance très particulière au creux de laquelle Youth Lagoon nous plonge : piano osseux, ravagé, et vapeurs synthétiques comme un enveloppant brouillard. La voix de Trevor Powers est d'une incroyable fragilité, tremblant comme une feuille emportée par la brise, suscitant l'émotion par sa trajectoire incertaine. Puis le morceau s'échappe dans un beat épuré, dévitalisé, alors qu'une guitare entre sublimer la mélodie. Le ton est donné : l'album sera grand, mais surtout touchant. Cannons propose le premier enchaînement. Ce qui frappe, c'est l'espace laissé aux mélodies pour s'exprimer, cette capacité à ménager un silence, qui viendra souligner à quel point le piano se montre désespéré, mais vivant. Entre cette boîte à rythmes fusillée, cette guitare en équilibre, ces traînées de reverb, et toujours ce chant indéchiffrable, on se trouve au beau milieu de sentiments forts, parfois contradictoires (comment une si belle lumière peut-elle être si triste ?). Afternoon vient ensuite glisser un soupir malicieux (l'introduction est un modèle de grâce), et faire souffler un intense espoir adolescent, par le biais d'une rythmique puissante, d'un envol épique. On s'imagine bien courir vers nulle part, les poumons gonflés d'air pur, et de sentiments à faire éclater à la face du monde.



Suit Seventeen, qui avance en titubant, autour des hésitations, encore et toujours, d'un piano lunaire, parcimonieux, et de cette voix frêle comme jamais. La composition semble totalement dépassée, ouvrant un intime bousculé, une solitude totale, face à un univers aveugle. Puis vient July, qui ne tient au départ debout qu'à la faveur d'un frémissement vaporeux. Trevor Powers y joue soudain des vocalises enchantées, lançant pour de bon une chanson qui voit les élements s'agglomérer (basse plombée, guitare au coeur serré) pour construire en définitive un édifice tourbillonnant, une ritournelle renversante, particulièrement quand le chant, exalté, devient d'une beauté bouleversante. Day Dream constitue dans la foulée une surprise, tant le beat y rappelle une musique électronique plus classique et surtout plus enjouée. La légèreté se mue pourtant rapidement en ambiguïté, d'autant que la chanson ne manque pas de détours inquiétants, de regards étonnés, d'équilibres précaires. On ne sait absolument plus sur quel pied danser, mais l'expérience est une curiosité, et sans doute une respiration.


La grande chanson de l'album arrive : c'est à mon sens Montana qui mérite les honneurs. Le piano infatigable paraît soudain presque solennel, mais le chant demeure chargé de vulnérabilité. On capte quelques mots, comme ces lignes délicates qui évoquent une espérance souffrante mais bien réelle ("A door is always open if it isn't closed/And a plant is said to be dead if it doesn't grow./I will grow, I will grow ..."). L'atmosphère rassemble les souvenirs d'une nuit sans lune, de laquelle jaillissent mille pensées, guidées là par les bruits singuliers de l'obscurité reproduits par un clavier qui vibre et s'épanche. La montée qui débute alors est inexorable de perdition, le vent souffle (et la mélodie avec lui), dévaste les certitudes, remet tout en question. On ne sort pas indemne d'un morceau pareil, car les sentiments y sont éprouvés jusqu'à faire émerger d'impossibles évidences. Reste à conclure, ce que fera à merveille The Hunt, plume énigmatique (ce glockenspiel ...), douceur rassurante, et guitare alerte, comme pour dessiner finalement un sourire au sortir d'une épreuve (serait-ce, justement, cette année d'hibernation ?) dans laquelle, si tout n'a pas été facile, les choses auront été d'une rare beauté.

lundi 28 mars 2011

Out This Week #9 : The Pains Of Being Pure At Heart - Belong

Ils sont donc de retour. Ils n'avaient pas disparu, loin de là. Ils étaient même restés finalement très présents, comme en berçant notre été 2010 de leur Say No To Love. Mais le temps est venu, ce 28 Mars, de franchir une étape supplémentaire, pour The Pains Of Being Pure At Heart. Un groupe chéri depuis un peu plus de deux ans maintenant, pour avoir saisi à bras le corps la destinée d'une indie-pop (noisy ou anorak, selon les moments) qu'ils ont tout simplement sublimée, par le biais d'un premier album incandescent, et de chansons inoubliables. Un groupe qui sort donc aujourd'hui son deuxième album, intitulé Belong, encore et toujours chez Slumberland Records et Fortuna Pop! (avec le soutien de PIAS pour l'Europe). Et cet album, je l'ai attendu sans doute comme aucun autre. Peut-être parce que ce groupe m'est, justement, cher comme aucun autre. Que ces New-Yorkais m'ont embarqué avec eux un petit matin sans me laisser d'autre choix que de leur confier la bande originale de ma vie. Qu'ils m'ont fait tout oublier un soir de Mai 2009, lors d'un concert mémorable, propulsant une péniche entière higher than the stars. Pourquoi je vous raconte tout ça ? Pour justifier de l'absence totale d'objectivité des propos qui vont suivre. Parfois, le coeur a envie de parler, et il n'est à l'évidence pas le plus mal placé pour juger d'une histoire vécue aussi intensément.

Le nouveau chapitre s'ouvre avec la chanson titre Belong (=>), qui s'était vue décerner le titre d'hymne de mon printemps dès Février, quand avait été annoncé qu'elle serait un single. Les arpèges délicats (dans une évocation du Soon de My Bloody Valentine) sont bien vite emportés dans une bourrasque de fuzz qui peut surprendre tant elle marque l'arrivée aux commandes d'Alan Moulder et de Flood pour donner une identité sonore au groupe. Qu'importe, car la composition dévoile une mélodie pure et éclatante, mettant aussi en valeur la voix de Kip Berman, plus sensible que jamais. Les couplets sont ravagés, vont de questions en réponses (le "We tried each other, let's try another." inaugural se voyant répondre plus loin un "We tried another, let's try each other." résolu), puis le refrain s'envole en intensité. Puisque les choses sont lancées, on peut plonger dans Heaven's Gonna Happen Now (=>), petite bombe bien dans le style des productions précédentes : batterie et guitares affolées, mélodies craquantes, deuxième couplet emmené par la basse d'Alex Naidus, larsens disséminés par Christoph Hochheim (crédité très officiellement dans le livret, il faut le signaler), solo irrésistible, paroles à tomber de tendre naïveté. Rien ne manque au tableau, et comme au premier jour, il semble clair qu'on ne s'en remettra que difficilement. Et ce n'est pas Heart In Your Heartbreak (=>), single envoyé en éclaireur fin 2010, et joué la semaine dernière chez Letterman, qui viendra mettre en cause la qualité irréprochable des compositions.



Le premier vrai pari stylistique vient ensuite par l'entremise de The Body (=>), qui met comme rarement en avant le synthé de Peggy Wang, autour d'un gimmick rebondissant, puis de nappes glacées lors des refrains. Les guitares semblent en retrait, au contraire d'une basse très mouvante, et du jeu de batterie de Kurt Feldmann, qui claque et dépote façon New Order. Le résultat, c'est une folie noisy-discoïde autour de préoccupations adolescentes bien connues ("Tell me again what the body's for, cause I can't feel it anymore."), qui donne à la musique des Pains un vertige délicieux. Il est d'ailleurs dommage que la transition avec la ballade Anne With An E (=>) se fasse si brutalement. J'identifie ce passage comme, malheureusement, le seul point faible du disque, tant cette chanson, sans conteste pétrie de bonnes intentions, mais quelque peu convenue (ceci dit, le songwriting n'est pas mauvais en lui-même), vient briser un rythme infernal dont on aurait aimé qu'il ne retombe qu'une fois le disque définitivement arrêté. Peut-être que faire exploser ce morceau dans un bruit blanc aurait pu apporter un élan qui, je trouve, manque, mais après tout, c'est pas pour ce que j'ai écrit comme pop-songs que je peux donner quelque conseil que ce soit. Bref, une fois prise cette respiration, on se jette à corps perdu dans la superbe Even In Dreams (=>) qui constitue à mon sens la réussite ultime de ce nouvel album. Allez savoir ce que révèle chez moi cette ambiance nocturne et très années 1980, mais le groupe trouve ici une simplicité désarmante autour d'un couplet aux doux murmures, puis d'un refrain, amené dans l'excitation, où la fuzz éclate en même temps que l'émotion, comme on éclate en sanglots dans les bras de quelqu'un à qui l'on avoue qu'on l'aime. Le pont ouvre alors un champ de possibles renversant, une immensité à éprouver le coeur chancelant, particulièrement quand Kip ajoute d'un souffle un "And I do". Une chanson impossible d'évidence.


Il faut pourtant s'en relever car il reste de belles choses, à commencer par My Terrible Friend (=>) (deuxième référence aux Field Mice en autant d'albums, après la géniale This Love Is Fucking Right! ?). On y retrouve en première ligne le synthé cristallin de Peggy Wang, dans une ambiance qui renvoie énormément à leur Higher Than The Stars : batterie légère mais décidée comme une boîte à rythmes, refrains instrumentaux, sensation de s'échapper dans une lumière chatoyante. Les choeurs en font à peine trop, mais c'est de l'anorak-pop décomplexée et irrésistible, qui assume à merveille sa fragilité, son innocence, en ouvrant le droit de danser sur une mélodie rêveuse. C'est assez clairement parfait. De son côté, Girl Of A 1000 Dreams (=>) renvoie à une toute autre facette du groupe, celle du tout premier EP détraqué, il y a 4 ans déjà (2007, une éternité ...). Au menu, une fuzz délurée, une batterie sauvagement martelée, et une jeunesse incandescente, aux relents punk (gorge serrée, urgence totale), qui croise le fer avec les choix radicaux de The Jesus And Mary Chain (le feedback, encore et toujours). Le grand shoot d'adrénaline du disque, insolent et sans limite, forcément joussif. D'où un contraste déroutant quand s'ouvre Too Tough (=>), qui, dans sa construction (en particulier un pont qui laisse seule une guitare splendide de délicatesse), constitue un bel écho à Stay Alive, qui illuminait leur premier album. Un instant où les sentiments prennent une puissance rare, quand la fêlure ne peut que trop difficilement se cacher ("You're too tough, to say that it's all too much ..." ), que les blessures se rouvrent. Pourtant, la mélodie figure un soleil d'hiver fatigué mais idéal, qui tient autant d'une indéniable tristesse, que d'un lointain espoir, comme s'il n'était pas trop tard.


Et puisqu'il faut conclure, Strange (=>) déploie un beat quasi-Madchester, ouvrant la voie de guitares qui sonnent comme un rêve éveillé, une caresse tendre, guide d'une mélodie brillante qui se développe lentement, emporte tout dans un tourbillon affectif démesuré, celui d'une solitude vécue à deux, au creux d'un amour de gens étranges, contemplatifs, et qui, par dessus tout, croient en leur différence comme en une force. Un peu plus de quatre minutes pour susciter la sensation bouleversante d'une envie de danser jusqu'à l'épuisement, en fixant le ciel et les étoiles, seules limites valables quand plus rien n'a d'importance. Alors, l'impression est tenace : The Pains Of Being Pure At Heart sortent avec ce Belong une oeuvre dont il sera impossible de se défaire. Leur pari de diversifier la forme, en la rendant aussi plus forte et assurée, pouvait sembler risquer, tant leurs compositions vont chercher leur intensité dans une adolescence vécue et décrite comme une réalité écorchée. Pourtant, le résultat est un nouvel équilibre tout aussi intéressant : celui d'un groupe plus adulte mais qui ne se renie à aucun moment. Peut-être faut-il y comprendre que les coeurs purs peuvent aussi s'assumer, s'affirmer. Et autant pour eux que pour moi, je trouve ça rassurant.

jeudi 17 février 2011

Out This Week #8 : Ringo Deathstarr - Colour Trip

Il est enfin là, ce premier album de Ringo Deathstarr. Près de 6 ans après la création du groupe, et presque 4 après la sortie de leur première référence (l'impensable Ringo Deathstarr EP date déjà de 2007), le groupe shoegazing d'Austin, dans ce bon vieux Texas, se dévoile pour la première fois en LP, alors même qu'il se trouve réduit à l'état de trio, le second guitariste Renan McFarland ayant disparu de la circulation. Malgré tout, voici donc l'occasion de plonger dans leur musique, toujours très fortement influencée par les canons noisy-pop fixés par Psychocandy ou Strawberry Wine, mais capable également de fulgurances terribles dans la composition, entre évidences mélodiques, et formats réduits brûlants. En route donc pour ce Colour Trip, qui sort cette semaine chez ClubAC30.

L'ouverture est confiée à Imagine Hearts, promue au rang de single à l'automne 2010, craquage bruitiste, batterie en hésitation permanente, ligne de basse irréelle, et plaques de guitares tourbillonantes, donc instables. Sur cette base, une mélodie acidulée et éclatante rencontre la voix d'ange de la bassiste Alex Gehring, presque cynique de détachement. Si vous ne savez plus où vous êtes, ne cherchez plus, vous adhérez à la substance. On trouve à côté la massive Do It Everytime, beaucoup plus près du texte, fuzz classique et dégénérée, qui court comme un poulet sans tête vers un solo hors de contrôle, à peine perturbée par un chant partagé entre garçon et fille. On se sent cependant légèrement trahis, le niveau de la composition étant loin d'égaler les massacres perpétrés sur leur EP inaugural, empli jusqu'à l'excès de mélodies inoubliables. Une impression qui, malheureusement, se confirmera au cours d'une deuxième partie d'album solide sur la forme, mais manquant de génie.


Heureusement, d'ici là, on trouve quelques folies réjouissantes, telle le single So High, sorti il y a deux semaines en soutien de l'album. Un guitare acoustique y fait office de leurre, avant que forcément, tout explose devant nos yeux ébahis. Et c'est parti pour un brûlot d'à peine deux minutes totalement décomplexées (et hyper référencées) où les voix se répondent avec malice et délice sur une mélodie facile et sautillante. Des aplats guitaristiques emportent parfois le tout, mais n'empêchent pas le rythme éffréné de sévir, vers un refrain de joyeux drogués qui n'en ont, de toute façon, plus rien à foutre. Difficile de faire plus immédiat. C'est dans la foulée que se joue le très bon passage de l'album, avec d'abord Two Girls (=>), souffle enveloppant soutenu par une batterie martiale, et découpé par un interlude acoustique. Alex Gehring y chante de ce soupir tellement shoegaze, et surtout tellement sensuel, sur une ligne mélodique dont l'évidence évoque la caresse. Suit Kaleidoscope (=>), basée sur une rythmique défaitiste très Mary Chain, sur laquelle Elliott Frazier livre d'ailleurs une belle référence à Jim Reid au milieu d'un sombre vacarme. Preuve aussi que le groupe peut se permettre un registre à peine plus touchant, car on ressent bien ici que la sensibilité peut avoir sa place.


On pourra saluer aussi Day Dreamy (=>), basée sur une boucle d'effets moite, digne de Loveless, suggérant ces jours d'été à la chaleur étouffante. La voix d'Elliott murmure avec délicatesse, et les choeurs d'Alex relèvent de la divinité absolue, rêveurs et quasi-sexuels. C'est ensuite que les choses vont devenir un peu moins réjouissantes, le groupe sombrant quelque peu dans la facilité, avec des chansons sans grande personnalité. Rien d'inécoutable ou de spécialement gênant, mais rien non plus de véritablement marquant. Une fin de disque en demi-teinte, entre Chloe, presque réussie (et puis reprendre le gimmick de batterie de Only Shallow, sur le principe...), quelques lourdeur, ou Other Things et ses sympathiques adieux en mid-tempo. De quoi laisser un goût d'inachevé. Ringo Deathstarr avaient sans doute de quoi sortir un nouvel EP dément, voire un très bon mini-album en gardant 8 chansons pour les glisser sur un 10' (façon indie-pop des 90's), mais l'exercice longue durée ressemble bel et bien à une marche un peu trop haute. Mais si le trio parvient à préserver sa fougue, peut-être méritera-t-il une seconde chance ...

samedi 18 décembre 2010

Out This Week #7 : The Pains Of Being Pure At Heart - Heart In Your Heartbreak

Les coeurs purs ont tout juste eu le temps de nous manquer. Alors qu'on ne se lassait toujours pas de la sucrerie estivale Say No To Love, alors que leur premier album éponyme, pourtant maintes fois écouté, refuse toujours de céder sa place sur les platines, voila donc le quatuor New-Yorkais engagé dans l'aventure du second album, Belong, qui sortira en Mars, toujours chez le très respectable maison Slumberland Records. D'ici là, pour ouvrir le bal, ils nous envoient en éclaireur ce single intitulé (tout un programme) Heart In Your Heartbreak. L'occasion de s'apercevoir que The Pains Of Being Pure At Heart ont découvert le travail avec un producteur, donc ont quelque peu vu les lignes de leur son bouger. Mais côté compositions, on retrouve bien vite les ingrédients qui les ont portés jusqu'ici ...

L'introduction de Heart In Your Heartbreak (=>) dévoile un exemple parfait de cette évolution. Oubliée la fuzz crémeuse dont on se délectait jusque là, c'est la section rythmique qui porte la chanson, et de façon plutôt musclée. Ceci dit, les fondamentaux qui portent habituellement la musique des Pains ne sont pas laissés de côté : on entend quelques arpèges délicats, et la voix superbement timide de Kip Berman évoque une rupture fatale, dans une mélodie ravageuse. Le refrain déboule ensuite en coupant le souffle. On goûte à ce sentiment si particulier, l'envie de danser tout en chantant des paroles fondamentalement tristes ("She was a tear in a rainstorm", ligne d'une évidence terrible). Le solo de guitare, coquin, joue à s'avancer puis s'arrêter, comme pris de convulsions. Suit un pont à l'émotion palpable, toujours la voix de Kip en étendard, dans une montée qui débouche sur un silence fatal, puis un dernier refrain comme une envolée, pour ne rien oublier de dire, pour laisser le synthé s'échapper, la mélodie s'épanouïr, les sentiments se déverser ...

La face-b est confiée à The One (=>), bombinette indie-pop sucrée comme pas permis. En plus de s'appuyer sur la section rythmique, on trouve une guitare soliste vraiment inhabituelle, mais qui prend en main une mélodie au coeur brisé. La voix de Kip est noyée d'effets qui la rendent fragile et perdue, et l'on se balade avec lui dans une chanson faite d'un amour démesuré, d'une fêlure magnifiée par un ton doucement acidulé. Comme toujours avec les Pains, cette ambiguïté délicieuse se dégage d'une composition qui ne choisit jamais son camp, mêlant toujours à l'excitation souriante une pointe de tristesse et de nostalgie. Le charme fou opère dans ces couplets qui coulent trop vite, ces refrains qui lèvent les yeux vers les étoiles, ou encore ce pont désarmant de simplicité. The Pains Of Being Pure At Heart sont donc toujours particulièrement en forme, à l'approche de leur second album. Et rien qu'à voir le niveau des chansons qu'ils posent en face-b, les espoirs les plus fous semblent permis ...

mercredi 24 novembre 2010

Out This Week #6 : Girls - Broken Dreams Club EP

Enfin de retour ! Après avoir passé plus d'un an à parcourir le monde pour soutenir sur scène (dont une très jolie première partie au Bikini en Juillet) leur premier album (le bien nommé Album), Girls repointent enfin le bout de leur nez côté studio, avec cet EP, intitulé Broken Dreams Club, qui sort cette semaine chez True Panther Sounds, avec un artwork dans la droite lignée de ce à quoi ils nous avaient habitué. Attention cependant, rien de complètement nouveau sous le soleil de San Francisco, puisque sur les six compositions proposées ici, quatre ont été abondamment dévoilées en concert ou autres sessions acoustiques, jusqu'à d'ailleurs susciter un vrai suivi, pour ne pas dire une attente, chez les fans. Qu'importe, tant le fait de retrouver Christopher Owens et sa bande est un plaisir inlassable.

Première rencontre pour commencer avec Thee Oh So Protective One (=>), qui nous plonge d'emblée dans une atmosphère carrément 50's (délicieux abus de reverb). La surprise est constituée par une section de cuivres, qui sans se montrer envahissante, vient souligner une ligne mélodique d'un fort classicisme, puis prendre en main un solo déchirant. "Déchirant", qui est d'ailleurs le qualificatif le plus approprié à la description du songwriting de Christopher Owens, encore et toujours sensible ("They never know about the times you cried to the movies/They never know about the times you cried to the music ..."). Déjà le déluge de sentiments donc, malgré une ambiance ensoleillée. Magique. Et l'on enchaine avec Heartbreaker (=>), que Ryan Lynch (désormais intronisé lead guitarist) embrume d'un phaser matinal. Le morceau m'avait clairement enthousiasmé quand j'avais vu le groupe en concert, et la qualité se confirme ici, autour d'une mélodie limpide, d'un Christopher légèrement en retrait (et en douceur) mais qui porte le refrain, puis d'un solo magistral. Le rythme est soudainement ralenti avec l'arrivée de la chanson-titre Broken Dreams Club (=>), grimée début 60's dans sa forme (cuivres discrets, clavier retro, reverb éclatante). Le chant est plus beau et touchant que jamais, surtout sur un refrain au romantisme brisé. Le fait est qu'on se laisse complètement bercer, puis envouter par cette mélancolie à fleur de peau, qui transpire d'une composition instinctive, superbement fragile.



C'est Alright (=>) qui ouvre la face-B, avec une ligne de basse groovy, élastique, et dansante, qui entraine avec elle une instrumentation qui mêle acoustique et éléctrique, avec une production aux petits oignons par ce bon Chet White. Le tout coule avec une aisance déconcertante et un peu tête en l'air avant un final ralenti où la batterie se permet un solo sensuel au milieu d'une pluie de détails ravissants. Le contraste est saisissant quand survient la solitude de Christopher qui entame Substance (=>) seul avec sa guitare aux accords joués avec une lenteur exquise. La composition est simple et évocatrice, un peu perdue, doucement désespérée (le "Guitar solo, come on!" est glissé d'une manière si particulière, comme en équilibre), même si l'espoir fait son chemin dans les dernières lignes, où intervient un choeur féminin. En fait, tellement de choses sont mélangées ici qu'on est en droit d'hésiter à se laisser aller dans un sourire discret, ou à pleurer un peu parce que ça réveille quelques petites choses en nous. Pour finir, Carolina (=>) étend d'abord une longue introduction lunaire et dévastée, avant de se laisser hanter, avec l'arrivée d'une batterie puissante, par des figures shoegazing. Christopher chante la première moitié du morceau d'une voix grave, fatiguée et sombre, assez inhabituelle il faut bien l'avouer. Puis soudain, la lumière du petit jour apparait, et les paroles chantées se trouvent évoquer l'envie d'ailleurs, exprimée avec un amour sans mesure. Car il est bien question d'amour et de coeurs brisés chez Girls, avant toute autre chose, et mis en valeur par une écriture foudroyante, élégante, intemporelle. Qui sait où ces compositions peuvent mener Girls ? Loin, très loin, serais-je tenté de réponde, tant ils confirment là les espoirs placés en eux. "Sky is the limit", comme on dit là-bas.

jeudi 18 novembre 2010

Out This Week #5 : The Radio Dept. - Never Follow Suit

On avait laissé The Radio Dept. sur une intervention inattendue au mois de Septembre via un New Improved Hypocrisy très politique. Ceci dit, on avait surtout retenu le magnifique album Clinging To A Scheme, sorti lui en Avril, véritable perfection d'indie-pop synthétique. Et c'est en soutien de ce disque qu'arrive donc dans nos oreilles ces jours-ci (tout ça pour dire que je fais un "Out This Week" sans savoir vraiment s'il est sorti cette semaine, puisque j'ai lu des dates diverses, mais enfin c'était, au pire des cas, la semaine dernière) le single Never Follow Suit. On y trouve la chanson-titre accompagnée de trois petites nouvelles (une placée avant, deux après), et d'un remix signé Pistol Disco.

L'entrée en matière est confiée à The One (=>). Sur la base d'un beat 80's (légère reverb) mais presque hip-hop, viennent se coller un par un les éléments qui vont construire la composition. Basse sous-terraine, synthé bizarre, puis piano à la mélodie aérienne. Duncanson rentre, pose sa voix anormalement aigüe, force même un peu. Le balancement se prolonge, pas vraiment dansant, mais par lequel on se laisse porter avec légèreté, en bougeant presque au ralenti. Comme souvent chez les Suédois, la chanson fourmille de détails instrumentaux, que ce soit la batterie qui parfois sursaute avec fracas, ou des petites touches indéfinissables mais magiques qui prennent leur envol dans le final. Une belle introduction, suivie donc par le titre phare Never Follow Suit (=>), déjà chroniqué en ces pages, mais sur lequel il ne peut pas être mauvais de s'attarder à nouveau : il est une convocation ravissante de Saint-Etienne en plein trip reggae au baléares. Et ça marche du tonerre, entre un beat éclatant, une basse dont la mélodie porte tout simplement le morceau, des accords extatiques, des nappes sonores estivales et la voix de ce bon Johan qui traine, flemme à peine mélancolique. La petite surprise que constitue le pont, où s'invite un extrait du film culte Style Wars (via une citation de Skeme, dont le pseudo se cache en référence dans le titre du troisième album de groupe, d'ailleurs), relance parfaitement la chanson vers le statut qu'elle mérite, celui de miracle pop d'un solstice d'été.

On passe ensuite par Stay Off Route (=>), interlude très shoegaze, qui fait penser à ces transitions qu'avaient l'habitude de construire My Bloody Valentine (pour la brume matinale du départ), ou Rocketship (pour le rayon de lumière final). C'est imparable, dans le sens où cela crée une forme de curiosité chez l'auditeur, avant de l'engager dans une ouverture mélodique parfaite pour enchainer avec On Your Side (=>), dynamique et colorée, qui joue sur les paroles de Never Follow Suit, dans une boucle magistrale, qui évolue tout en subtilité jusqu'à un étincelle finale amenée par un synthé qui sonne comme des violons enjoués, chatoyants et incandescents. Pour finir, Never Swallow Fruit, le remix signé Pistol Disco, s'avère sympathique mais un peu long, et n'apporte pas grand chose d'important, même si mettre en valeur la superbe ligne de basse est une vraie bonne idée. Toujours est-il que ce nouveau single impose The Radio Dept. comme un groupe sûr de sa force, qui s'il ne propose pas ici de nouveauté bouleversante, sait construire une discographie sans faux-pas, dispensant encore une fois des mélodies irréprochables. Pourvu que ça dure.

mardi 12 octobre 2010

Out This Week #4 : Belle And Sebastian - Belle And Sebastian Write About Love

Enfin de retour. Quatre ans que la bande à Stuart Murdoch n'avait pas donné signe de vie collective, depuis un The Life Pursuit encensé par beaucoup, mais décevant pour certains (moins nombreux il est vrai) qui y voyaient un groupe ne sachant retrouver sa magie originelle que par séquences (en même temps, dix ans avaient passé). Entre temps, on avait pu s'apercevoir que cette critique n'était pas totalement infondée, en se délectant d'une exquise compilation de sessions à la BBC sur la période 1996/2001. Mais, si Belle & Sebastian, de par leur découverte d'une forme d'ambition, ne sont plus tout-à-fait le même groupe qui a sorti l'incroyable triptyque Tigermilk, If You're Feeling Sinister, The Boy With The Arab Strap (sans compter les singles superbes de l'époque), il n'en demeure pas moins que les écossais gardent encore un petit quelque chose qui fait d'eux les icones de pas mal de fans d'indie-pop, toujours sensibles à leur discours. Comme il se doit, il fallait laisser sa chance à ce Write About Love, qui sort cette semaine chez Rough Trade (et Matador outre-Atlantique).

Et ce n'est pas le très bon début de disque qui nous fachera avec le groupe. Car en premier lieu, I Didn't See It Coming, confiée à la sublime voix de Sarah Martin, se montre réellement éclatante, autant dans son couplet en retenue, à la mélodie émouvante, que dans son refrain limpide. Chaque accord de piano, chaque arpège de guitare est un vrai plaisir, et si l'on peut questionner la cohérence de l'intervention de Stuart sur un pont très 80's, sa présence pour un jeu de ping-pong sur le refrain final rend la composition réellement grande. Une réussite, donc. Et la déception n'est pas non plus à l'horizon de la breakée Come On Sister (=>), dansante et jouissive comme pas permis avec ses synthés qui pourraient sembler un peu cheap, mais qui sont génialement utilisés, dans un style déluré juste ce qu'il faut. La balade Calculating Bimbo constitue un moment agréable, assez dans l'ambiance classique du groupe. On regrettera juste qu'elle traine légèrement trop en longueur. Car suit I Want The World To Stop (=>), débridée, basse remuante en avant, et forts accents 60's sur un refrain. Et toujours, en filigrane, cette timidité tendrement touchante, et diablement irrésistible.



Mais petit problème, Belle & Sebastian pêchent ensuite par irrégularité. On pouvait douter de l'intérêt d'inviter Norah Jones, mais alors si c'est pour en plus nous sortir une chanson qui ressemble à du Norah Jones, c'est quand même pas cool du tout. Un peu plus loin, Stevie Jackson passe au travers de la seule composition qui lui est confiée sur I'm Not Living In The Real World, trop bordélique. Pourtant, et c'est aussi à souligner, on a pu s'enthousiasmer sur le sympathique single Write About Love, ou finir en beauté en dansant sur Sunday's Pretty Icons (=>), évidence plongée dans des années 80, toute en pastel, en douceur, et en ballons de baudruche multicolores. Puis, surtout, comment ne pas mentionner The Ghost Of Rockschool (=>), probablement la plus belle réussite du disque, où Stuart et ses camarades retrouvent sur quatre minutes et demi la grâce qui a fait d'eux un groupe générationnel. On revoit, en se laissant bercer par cette trompette rêveuse et cette mélodie d'une pureté chavirante, les images d'une histoire que le groupe a su construire avec notre intimité, nos sentiments. La voix est fragile comme au premier jour, et la chambre dégage cette chaleur rassurante. Car au fond, si ce Write About Love comporte ça et là de malencontreux errements, il montre aussi que Belle & Seb savent toujours nous parler. D'un murmure tellement singulier ...

samedi 18 septembre 2010

Out This Week #3 : The Radio Dept. - The New Improved Hypocrisy

Cela fait un bon moment (en réalité, depuis le tout début de ce blog) que je n'avais pas traité d'actualité. Mais la rentrée aidant, quelques sorties, que j'évoquerai peut-être, sont planifiées. Ce n'est pourtant pas le cas de The New Improved Hypocrisy, le nouveau single de The Radio Dept., qui n'est ni une sortie physique (le groupe offre simplement depuis Mardi la chanson en téléchargement gratuit à ses fans via son label Labrador, sur http://www.labrador.se/hypocrisy/), ni une sortie vraiment prévue. Mais l'occasion fait le larron, et la bande de Johan Duncanson avait semble-t-il envie d'exprimer ses opinions, moins d'une semaine avant une échéance électorale en Suède (les électrions générales ce Dimanche 19 Septembre, en l'occurence). Ce n'est pas une première pour eux, qui avaient déjà abordé de tels thèmes en désavouant leur premier ministre sur Freddie And The Trojan Horse, puis en plaçant un sample de Thurston Moore en pleine pensée gauchiste au début d'Heaven's On Fire. Je suis en général réservé vis-à-vis des groupes qui s'engagent, sauf que là ...


The New Improved Hypocrisy (=>) s'ouvre sur une couche sonore poursuivie par un beat dévitalisé, une basse ondoyante, et, encore et toujours, des arpèges de guitare délicats et lumineux. La patte est immédiatement reconnaissable, ces messieurs ont un son caractéristique, et quel son (la production est superbe) ! Le premier éclatement (pourtant coulé dans une forme de retenue) vient quand rentre une pédale fuzz vers la quarantième seconde. La mélodie est en place, Johan peut intervenir de sa voix toujours voilée et perdue, pour souffler, plus qu'il ne chante, quelques mots. Je passe volontiers sur le texte lui-même, qui dans sa critique ironique et marquée bien à gauche, convaincra à des degrés divers (disons de la tendresse à l'indifférence) selon qu'on en partage ou non le message. Toujours est-il que la musique, et même la musicalité des mots eux-mêmes, fait qu'on se laisse doucement bercer dans cet ailleurs de shoegaze synthétique, où chaque petite touche, ajoutée aux autres, crée un univers majestueux. Le second couplet se fait en forme de pause, basse épurée et voix toujours sublime en tête-à-tête. Les arpèges, à la suite esseulés, offrent comme un regard vers l'horizon, la douceur d'un soleil matinal, avant une dernière montée fatale, de laquelle se dégage une forme de tension millimétrée, où chaque élément joue modestement son rôle. Le tour de force est réel, et la chanson nous laisse en pleine hauteur, émerveillés. On reprocherait presque à The Radio Dept. de ne pas avoir gardé une telle mélodie pour exprimer un sentimentalisme plus exaltant. Mais au fond, ils semblent disposer d'un tel réservoir, d'une telle capacité à écrire, qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

mercredi 9 juin 2010

Out This Week #2 : The Drums - The Drums

Je pensais pas avoir autant de sorties à présenter dès le départ, mais les choses sont ainsi faites, puisque ce Lundi 7 Juin sortait également le premier album (éponyme) de The Drums, quatuor New-Yorkais (aussi), déjà auteur chez Moshi Moshi d'un EP et de plusieurs singles pour le moins remuants.

Bon, l'artwork est laid, mais peu importe, le plus intéressant est peut-être d'écouter le disque. Et ça commence tambour battant par le single Best Friend, pas forcément leur meilleur, mais pas déshonorant non plus. Tous les ingrédients du groupe sont là : batterie dévergondée, guitare coquine, basse à l'arrache, et la voix qui survole, chante tout comme un hymne. Me And The Moon (=>) ajoute une batterie digne de Joy Division, pour un son qui fleure bon les 80's décomplexées, et une composition découpée de manière absolument démente (les breaks sont magiques). Suit Let's Go Surfing (=>), entendue partout, mais dont on ne se lasse pas, moment culte de beach-pop rutilante, cheveux au vent et fuck aux parents, qui se permet absolument tout (les handclaps sur le pont, par exemple), avec succès. Book Of Stories se fait un peu plus triste, amour déchu, incompréhension et non-envie de danser. La première moitié du disque, jusqu'au démoniaque single Forever And Ever Amen, est globalement réussie, montrant un groupe exubérant, sans filet, sans limite, et pourtant indéniablement maitre de son sujet.



La seconde moitié se veut plus calme. Down By The Water, repêchée sur le Summertime EP, marque d'ailleurs le coup avec une grosse chute de tension. Problème, dans la foulée, It Will All End In Tears peine à convaincre, forçant trop sur le chant. Petit mieux sur We Tried, plutôt mignonne. La fin du disque sent malheureusement l'essoufflement, avec des compositions où l'évidence se perd un peu. On sauvera cependant la douce et belle I'll Never Drop My Sword (=>), où la basse vient créer la surprise en invoquant les Field Mice, signe que le groupe peut réussir dans un registre (très) légèrement différent.
Voila donc un premier disque sans concessions, proprement jouissif quand la fulgurance est là, bien plus gênant quand il s'éparpille sans se trouver. C'est un peu ça, être jeune.

dimanche 6 juin 2010

Out This Week #1 : The Pains Of Being Pure At Heart - Say No To Love

Les New-Yorkais de The Pains Of Being Pure At Heart pourraient sembler tout-à-fait omniprésents depuis qu'ils ont éclaté à la face du (petit) monde indie-pop fin 2008/début 2009 (et encore plus tôt pour quelques chanceux bien renseignés). Année 2009 qui était, justement, une réussite totale pour eux, avec cet album éponyme sublime, et la confirmation via l'EP Higher Than The Stars, sorti en Septembre. Le groupe a fait le tour du monde (dont un joli soir du mois de Mai à Toulouse), secoué des coeurs partout sur la planète. Autant dire qu'on s'attendait plutôt à les voir se calmer pour 2010, le temps probablement d'écrire de quoi nous rendre heureux, ou de se consacrer à des side-projects (en particulier le batteur Kurt Feldman qui distribue du rêve en frontman de The Depreciation Guild). Mais ces gens-là ne sont pas comme ça, et comme ils sont relativement inspirés, ils ont pensé qu'ils pouvaient nous combler un peu, dans le but aussi de nous faire patienter avant un nouvel album (pour lequel ils parlent d'une entrée en studio pour la fin de l'été).


Le résultat, c'est ce single, Say No To Love (=>) (et sa face-b Lost Saint (=>)). Et, comment expliquer ça ? Pour faire simple, ils sont toujours au top, mais genre très loin au-dessus. L'évolution notable et pour autant très cohérente consiste en l'abandon de la fuzz énergétique (déjà entrevu sur Higher Than The Stars), qui permet un glissement vers un son clairement plus doux, plus cajoleur, plus Field Mice, peut-être (recrudescence d'arpèges délicats ...). Sur le plan de la composition, c'est toujours aussi difficile de pas pleurer de bonheur sur la guitare qui ouvre Say No To Love, de sauter sur son lit quand la batterie déboule, et de très vite apprendre les paroles pour pouvoir les chanter. La mélodie est incandescente, la voix timide comme on l'aime, la production parfaite. La face-b égraine quelques accords d'une intense nostalgie, des touches de claviers qui pourraient sonner kitsh si elles n'étaient pas géniales, et pose une voix fragile et simplement désarmante.

Non, The Pains Of Being Pure At Heart n'inventent rien. Ils assument d'ailleurs parfaitement cette forme d'orthodoxie indie-pop, ce poids de leurs influences. Oui, nous sommes en plein revival, et on trouvera toujours des gens pour s'en plaindre. Pas moi. Parce que ce groupe est capable d'écrire des chansons intemporelles, et qu'il joue la musique que j'aime.
 
 
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