Affichage des articles dont le libellé est Belle And Sebastian. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Belle And Sebastian. Afficher tous les articles

samedi 22 octobre 2011

Un album #10 : Belle And Sebastian - If You're Feeling Sinister [1996]

Il y a des albums, comme ça, qui non seulement nous touchent, mais qui en plus, restent avec nous, allez savoir pourquoi. Des albums qu'on connaît plus que par coeur, et qu'on écoute pourtant plus que régulièrement. Des albums qui nous touchent, et en même temps, nous rassurent. Des albums dans lesquels on rentre comme dans un lieu où l'on se sentirait bien, isolé de tous les tracas, isolé du reste du monde et de ses turpitudes. Des albums où chaque chanson raconte son histoire, et où chacune de ces histoires peut se voir appropriée, comprise. Il est, tout simplement, des albums marquants, qu'on vit avec une intensité qui dépasse parfois un peu le cadre de l'amour de la pop-song, pour glisser dans l'irrationnel. Le deuxième album des écossais de Belle & Sebastian, If You're Feeling Sinister, sorti en Novembre 1996 chez Jeepster Records, fait partie de ces albums dont on ne saurait trop décrire l'importance. Quoique l'on puisse toujours essayer d'expliquer ce qu'on peut ressentir à leur écoute ...


Dès The Stars Of Track And Field (=>), le ton de l'oeuvre est donné : Stuart Murdoch chante d'une voix incroyablement sensible, tout juste soutenu par une guitare acoustique discrète. La fragilité terrible de son chant dit tout de ce qu'offrira la musique du groupe de Glasgow : un instant de grâce merveilleux, une sensibilité totale exprimée dans des chansons qui figurent comme autant de souvenirs, de moments de vie chuchotés. Les apparitions de la guitare électrique de Stevie Jackson touchent la beauté, les arrangements sont d'une douceur fabuleuse (cette trompette ...), et s’épanouit ainsi un morceau intouchable. Le plus incroyable étant qu'il y en aura neuf autres, à commencer par Seeing Other People (=>), menée par un piano presque coquin au creux d'un presque sourire, et de réverbérations éclairées. La mélodie porte une facilité majestueuse, une impression de simplicité éloquente, et on sort du morceau par un fade-out malicieux. Survient ensuite, sans trop prévenir, le rythme effréné de Me And The Major (=>), et son harmonica désaxé. Un morceau touchant dans cette transition entre un couplet qui passe à une vitesse folle, et ce refrain où le temps semble reprendre son droit, où une nappe sonore pose les choses, laisse s'engouffrer la mélodie, pour enfin mener vers une outro dans laquelle le chant de Stuart se mue en tourbillon ("And the snow is falling, falling, falling, falling ..."), l'harmonica en douleur profonde, la météo en tempête troublante.


Le duo suivant va définitivement faire basculer le disque dans la déraison intime. Like Dylan In The Movies, en premier lieu, fait souffler le vent d'une mélancolie totale, et d'une solitude écorchée. Du "Take a tip from me/Don't go through the park/When you're on your own/It's a long walk home" qui plante un décor forcément légèrement triste, au refrain en forme d'envol sur des cordes ("If they follow you/Don't look back/Like Dylan in the movies ..."), la composition atteint un sommet de délicatesse qui peut nous ébranler sans la moindre difficulté. Viendra ensuite le pont aux paroles les plus fulgurantes et vraies qui puissent être, à tout jamais ("Yes you're worth the trouble/And you're worth the pain/You're worth the worry/I would do the same/If we all went back/To another time/I would love you over/I would love you over/I would love you ..."), un pont qui laisse sur son passage le vent de sentiments dispersés mais pleinement vécus. Comment imaginer, alors, que le relais puisse être pris par une chanson aussi attendrissante que The Fox In The Snow (=>), qui épuise son frêle piano au travers d'une ritournelle à la mélodie caressante, et d'histoires qu'on ne comprend pas vraiment mais auxquelles on s'identifierait si vite. Et quand, dans un final à la grandeur éclatante, les voix de Stuart et de Stevie se répondent, on mesurerait presque à quel point Belle & Sebastian peuvent atteindre les émotions les plus pures, les sensations les plus flamboyantes.


On retrouve bien vite un sourire timide en se plongeant dans Get Me Away From Here I'm Dying (=>), délice entraînant qui porte l'auditeur dans une lumière rassurante. On danserait presque timidement, si le refrain ne menait pas à une forme de questionnement profond ("I always cry at endings ..."). Au fond, rien ne dépasse jamais la folie de ces chansons qui étreignent, font presque bouger, en mélangeant pourtant à cela des blessures bien réelles, des coeurs brisés, des impasses déprimantes. Pop-song et ambiguïté du propos, j'ai déjà évoqué le concept. L'ambguïté que l'on retrouve avec ces cris de cour de récréation qui habillent le commencement d'If You're Feeling Sinister (=>), à l'instrumentation remarquable (ce piano qui vient ponctuer une guitare acoustique qui court sans savoir où elle va). Je ne m'attarderai pas sur le caractère ouvertement religieux du récit, mais il faut bien avouer que les personnages décrits par les paroles de Stuart Murdoch suscitent sans mal ce regard troublé, cette impression que l'on peut être complètement perdu, que le sens n'est pas forcément là où on l'imagine. Suit la charmante Mayfly (=>), où la guitare électrique éclaire le moindre espace d'une lumière fatale. Allez savoir ce que Stuart raconte, peut-être qu'il attend quelqu'un en s'oubliant avec une autre, ou peut-être autre chose, quelle importance au fond? On se contentera sans hésiter de ce solo survenu comme un des plus beaux miracles de l'indie-pop, désarmant d'élégance et d'à propos.


The Boy Done Wrong Again (=>). Je ne sais pas si dire que cette chanson est émouvante suffirait. Je ne sais pas s'il est facile de pleurer, ni même si je pleure facilement, mais cette chanson m'a toujours bouleversée, marquée au plus profond, ne serait-ce que par sa mélodie innocente, ses cordes qui s'épanchent, comme brisées par le poids de sentiments trop lourds à porter. La voix de Stuart reste, tout le long, d'une admirable dignité, car on sent bien qu'il craque avec fierté, que sa tristesse est vécue avec sincérité, et retranscrite exactement comme elle a été vécue ("All I Wanted was to sing the saddest song/And if you would sing along/If you'd only sing along/I would be happier"). Enfin, Judy And The Dream Of Horses (=>) vient conclure et remporter la mise, sur la base d'un personnage de plus, une jeune fille presque délurée, au destin déroutant, et qui écrit des chansons au sujet de chevaux qu'elle croise dans ses rêves. Les vies décrites dans l'album sont presque les nôtres, sauf que pas tout-à-fait. La solitude est souvent présente, comme une forme d'hésitation à être pleinement, et avec elles un chagrin mignon comme tout. Judy fait résonner une flûte tout bête, des cuivres sans la moindre amertume, dans une mélodie à la perfection joueuse, espiègle. Comme si l'évidence était atteinte sans s'en rendre compte. Comme si l'irrationnel d'un album hors du temps, des modes et des codes, était au rendez-vous d'une rencontre heureuse.

mardi 12 octobre 2010

Out This Week #4 : Belle And Sebastian - Belle And Sebastian Write About Love

Enfin de retour. Quatre ans que la bande à Stuart Murdoch n'avait pas donné signe de vie collective, depuis un The Life Pursuit encensé par beaucoup, mais décevant pour certains (moins nombreux il est vrai) qui y voyaient un groupe ne sachant retrouver sa magie originelle que par séquences (en même temps, dix ans avaient passé). Entre temps, on avait pu s'apercevoir que cette critique n'était pas totalement infondée, en se délectant d'une exquise compilation de sessions à la BBC sur la période 1996/2001. Mais, si Belle & Sebastian, de par leur découverte d'une forme d'ambition, ne sont plus tout-à-fait le même groupe qui a sorti l'incroyable triptyque Tigermilk, If You're Feeling Sinister, The Boy With The Arab Strap (sans compter les singles superbes de l'époque), il n'en demeure pas moins que les écossais gardent encore un petit quelque chose qui fait d'eux les icones de pas mal de fans d'indie-pop, toujours sensibles à leur discours. Comme il se doit, il fallait laisser sa chance à ce Write About Love, qui sort cette semaine chez Rough Trade (et Matador outre-Atlantique).

Et ce n'est pas le très bon début de disque qui nous fachera avec le groupe. Car en premier lieu, I Didn't See It Coming, confiée à la sublime voix de Sarah Martin, se montre réellement éclatante, autant dans son couplet en retenue, à la mélodie émouvante, que dans son refrain limpide. Chaque accord de piano, chaque arpège de guitare est un vrai plaisir, et si l'on peut questionner la cohérence de l'intervention de Stuart sur un pont très 80's, sa présence pour un jeu de ping-pong sur le refrain final rend la composition réellement grande. Une réussite, donc. Et la déception n'est pas non plus à l'horizon de la breakée Come On Sister (=>), dansante et jouissive comme pas permis avec ses synthés qui pourraient sembler un peu cheap, mais qui sont génialement utilisés, dans un style déluré juste ce qu'il faut. La balade Calculating Bimbo constitue un moment agréable, assez dans l'ambiance classique du groupe. On regrettera juste qu'elle traine légèrement trop en longueur. Car suit I Want The World To Stop (=>), débridée, basse remuante en avant, et forts accents 60's sur un refrain. Et toujours, en filigrane, cette timidité tendrement touchante, et diablement irrésistible.



Mais petit problème, Belle & Sebastian pêchent ensuite par irrégularité. On pouvait douter de l'intérêt d'inviter Norah Jones, mais alors si c'est pour en plus nous sortir une chanson qui ressemble à du Norah Jones, c'est quand même pas cool du tout. Un peu plus loin, Stevie Jackson passe au travers de la seule composition qui lui est confiée sur I'm Not Living In The Real World, trop bordélique. Pourtant, et c'est aussi à souligner, on a pu s'enthousiasmer sur le sympathique single Write About Love, ou finir en beauté en dansant sur Sunday's Pretty Icons (=>), évidence plongée dans des années 80, toute en pastel, en douceur, et en ballons de baudruche multicolores. Puis, surtout, comment ne pas mentionner The Ghost Of Rockschool (=>), probablement la plus belle réussite du disque, où Stuart et ses camarades retrouvent sur quatre minutes et demi la grâce qui a fait d'eux un groupe générationnel. On revoit, en se laissant bercer par cette trompette rêveuse et cette mélodie d'une pureté chavirante, les images d'une histoire que le groupe a su construire avec notre intimité, nos sentiments. La voix est fragile comme au premier jour, et la chambre dégage cette chaleur rassurante. Car au fond, si ce Write About Love comporte ça et là de malencontreux errements, il montre aussi que Belle & Seb savent toujours nous parler. D'un murmure tellement singulier ...
 
 
Copyright © Chocolate, Love, Sex.
Blogger Theme by BloggerThemes Design by Diovo.com