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lundi 11 avril 2011

Made In France #4 : Pendentif

La scène pop indépendante française frémit ces temps-ci. Les groupes de qualité émergent (j'ai pu citer en ces lignes le cas des Young Michelin) autour d'influences assez classiques, revisitées pourtant avec une fraîcheur désinvolte, et sans la moindre hésitation face à l'usage de notre langue. Le dernier exemple en date est incarné par Pendentif (=>), un groupe Bordelais qui affiche des connections diverses avec des formations agissantes et plutôt au devant de l'actualité par chez nous (The Bewitched Hands ou The Shoes). Sur les cinq membres, quatre s'activent, a priori ensembles, à la composition (les dénommés Mathieu Vincent, Thomas Brière, Mickaël Gachet et Benoit Lambin), et n'hésitent pas, c'est une constante dans leurs chansons, à confier une partie importante du chant à de jolies voix féminines. Quatre morceaux ont pour l'instant eu les honneurs d'une sortie officielle (sur 7') chez les Avignonais de La Bulle Sonore Records (qui soutiennent justement aussi les Young Michelin), pour un EP tout simplement intitulé Pendentif. Une découverte qui fait souffler une brise sacrément réjouissante ...

La première rencontre (=>) s'est faite surtout par l'intermédiaire de Riviera, devenue rapidement indispensable à mes oreilles. Une guitare agile s'y trouve relayée par une batterie joueuse. La voix féminine s'approprie la totalité du chant avec une douceur et une innocence contagieuses. Les choeurs masculins sont au soutien par des "Alright, alright" rieurs, et l'on s'engage dans une course impétueuse, presque insouciante ("J'oublie tout, rendez-vous ..."). Dans le vent de cette mélodie à la facilité insouciante, les paroles font figure de réceptacle d'une poésie délurée, à peine adulte, tendrement malicieuse ("Et je cours avec toi le long du plongeoir/Mais la terre, vue d'en bas ne nous dit plus grand chose./La descente en avant à travers le miroir/Je suis sûr(e) que ce soir on se jette à l'eau"). Comme si les enfants de Sarah Records sortaient de leur chambre pour se rouler dans l'herbe d'un parc, aux premiers rayons de soleil du printemps. De son côté, l'auto-titrée Pendentif fait ressortir une pointe de mélancolie, autour d'un piano tout en éclat, et d'un sample introductif qui me rapelle Memoryhouse (allez savoir pourquoi). Le chant, garçon et fille liés, traîne tout juste assez pour être désarmant. La composition s'organise de manière assez originale, entre des montées dramatiques et des choeurs aussi futiles que bien pensés, encore une fois en anglais. Mention aussi à l'impressionnante God Save La France, qui dévoile une guitare jangly du plus bel effet (comme un lever de soleil observé du fin-fond d'une heureuse nuit sans sommeil), puis des arrangements de cordes qui respirent une classe d'un autre temps. Les paroles évoquent une flemme sans précédent (de celles qui débouchent sur des pop-songs fameuses), puis les yeux se ferment à l'écoute d'un refrain joliment introspectif. Le final est porté par une ligne de basse empreinte d'une irrésistible envie de sautiller, et par des "Ooh ooh, ooh ooh" enfantins mais jouissifs, pour un fade-out lumineux. La grande force de Pendentif réside donc d'ores et déjà dans un songwriting sensible, dans ces images délicatement sucrées. Devant l'espoir suscité, la petite question posée au détour de God Save La France s'imprègne d'évidence : sur quelle carte du monde iront-ils planter leurs drapeaux dans la nuit ?

mercredi 16 mars 2011

Made In France #3 : My Raining Stars

Comme certaines des plus belles histoires, celle de My Raining Stars (=>) commence par les rêveries mélancoliques d'un garçon qui, accompagné d'une guitare, se dit qu'il peut réécrire le monde sous forme de pop-songs. Thierry Haliniak, originaire de la région d'Auxerre, écrit seul, des chansons qu'il soumet seulement à ses proches, sans s'imaginer que son audience puisse dépasser ce cadre très personnel. Parfois, il va même jusqu'à les enregistrer sur un 4-pistes de fortune, avec les moyens du bord, en s'occupant de tout. Parmi le public de ces demos de fond de chambre, on trouve aussi E-Grand et Mathéa, deux anciens camarades de jeu de Thierry au sein d'un groupe nommé Nothing To Be Done (une preuve de goût, à l'évidence). Ce sont ces derniers qui vont donner un tout autre chemin à la destinée de My Raining Stars : convaincus que ces quelques chansons méritent bien mieux que la production artisanale et amateur d'un 4-pistes à K7 déglingué, ils soumettent l'idée à leur auteur de prendre en main les arrangements pour, tout en gardant la structure et les lignes mélodiques, offrir aux morceaux un éclat nouveau. Un travail qui aboutit en 2008 avec la sortie auto-distribuée de From St Saviour To Quickwell, un premier album de pure indie-pop, tel qu'on peine presque à croire qu'il est issu de l'hexagone ...

On peut prendre par exemple, (presque) au hasard, Gone Forever More (=>), habillée plutôt rock avec un riff tranchant sur les couplets, accompagné tout-de-même d'arpèges réverbérés plutôt chatoyants. Se crée une légère tension, dont nous extirpe pourtant un refrain up-tempo magistral, mélodie envolée et guitares shoegazing en avant. Le final duplique la sensation d'un moment lumineux, dont on ne sait plus s'il est éclaté ou éclatant (sans doute les deux). Mais le répertoire de My Raining Stars sait aussi faire dans la douceur, comme sur la très belle Head Over Heels (=>), façon petit matin fatigué, les yeux dans le vague, acoustique libérée, et éclairée d'une électrique inspirée. Des choeurs subtils viennent soutenir le chant de Thierry sur un refrain insaisissable, d'une tendre rêverie, tandis qu'on goûte pour terminer à des "la-la-la" légers et enfantins, simples et touchants. Mais ma préférence la plus absolue est sans conteste pour Riding For A Fall (=>), jangly pop-song dans la plus pure tradition, baignée de délicate nostalgie, mais menée à un rythme permettant d'esquisser de timides pas de danse. Une chanson marquée par deux passages particulièrement désarmants : le premier quand des "You won't be my star" sont glissés d'une voix désabusée juste ce qu'il faut, dans un moment de respiration acoustique chargé de sentiments. Le second, au cours d'un pont guidé par une basse agile, dépose une mélodie affolante d'évidence, et fait s'entrecroiser un chant dédoublé avouant une fragilité émouvante, la même qui nous ébranle à l'écoute de certains passages phares de la vague C86. Cette indie-pop aux lignes claires, My Raining Stars l'a pour l'instant déployée sur onze morceaux imprégnés d'un songwriting sensible, magnifiés d'arrangements éloquents. Espérons que de nouvelles demos connaissent le même sort, et nous parviennent. Il pleuvra sans doute à cette occasion quelques jolies étoiles ...

vendredi 21 janvier 2011

Made In France #2 : Young Michelin

Comprendre la musique des Young Michelin (=>), c'est d'abord faire preuve d'un peu d'imagination. Pour essayer de faire simple, vous risquez de penser à Indochine (pour le son très défini new-wave, et surtout l'usage sans le moindre complexe du français, même si ces racines sont sans doute à aller chercher du côté d'Elli et Jacno), mais demandez-vous, même si cela relève de l'improbabilité la plus totale, ce qu'il serait advenu du monde s'ils avaient signé, par dévouement envers la composition autant que par choix esthétique, chez, au hasard, Sarah Records. Un tel évènement aurait sans doute tenu de l'halluciant, et pour ainsi dire, il a fallu attendre 2010 pour qu'un tel délire se réalise. L'artisan principal en est Romain Guerret, un garçon impliqué dans un autre groupe (Dondolo), et qui a réuni autour de lui, du côté de Marseille, quelques camarades (dont certains issus tout simplement de ... Dondolo) pour se lancer dans un projet basé sur une pop volontairement étriquée (boites à rythmes rigides, structures simplifiées, goût pour les guitares crystalines des années 1980). Le bilan, c'est qu'après quelques mois, la bande aux pulls rayés ne semble plus très loin de son premier album, après quelques singles étincellants dispersés ça et là (dont un en digital chez Holiday Records, label tenu par un des membres de The Drums), et une victoire au CQFD 2010.

Un petit aperçu de quelques chansons déjà parues s'impose pour mieux cerner la bande. On peut commencer par l'instrumental Les Copains (=>), qui propose une rythmique glacée (on pense à The Field Mice, forcément), et des arpèges de guitare datés qui se relaient avec un clavier fané et souffrant. La mélodie s'emploie à évoquer avec brio le temps perdu, les jours qui passent et nous dépassent, dans une ambiance profondément nostalgique. On se laisse facilement renverser par une fine pointe de distortion, mais l'explosion ne vient jamais réellement, ce qui procure finalement un effet d'autant plus magique, comme si les choses s'éteignaient sans que l'on n'y puisse rien. Au rayon de pop-songs plus sobres d'un point de vue formel, on se délecte par exemple de Elle M'oubliera (=>), appel du pied évident à The Smiths et la guitare de Johnny Marr. Les paroles sont romantiques et simplistes, joliment touchantes, par leur légère naïveté. Le final, où la batterie passe en force, est un beau moment de crash guitaristique, de nerfs qui craquent. Pourtant, on retient aussi l'énergie débordante, guidés par une basse souvent sautillante, comme sur Teen Whistle, qui se cache longtemps sous des nappes déliées, avant d'éclater dans une course euphorique sur laquelle il est impossible de ne pas danser, mais qui garde au creux d'elle une mordante fragilité. Mention aussi à Je Suis Fatigué, exercice de style façon montée fatale, traitant comme son nom l'indique de laisser-aller, quand ce n'est pas de flemme pure, tendance désabusée, avec un sens de la formule tout adolescent, à l'arrière-goût twee, avant une conclusion qui lorgne vers une électronique désuète. Si Young Michelin possèdent donc indéniablement cette capacité à marquer par leurs compositions, l'anachronisme perpétuel que constitue leur son les empêchera peut-être d'aller plus loin que le microcosme indie-pop, déjà partiellement acquis à leur cause. Sans pour autant leur souhaiter un tel destin, on saurait dans cette hypothèse les garder auprès de nous, comme un singulier "best kept secret" à la française.

mercredi 7 juillet 2010

Made In France #1 : The Bilinda Butchers

Le duo parisien The Bilinda Butchers (=>) joue avec les codes, s'en amuse même. Rien que ce patronyme, qui relie un The hyper-usité au prénom-nom de la guitariste et chanteuse de My Bloody Valentine (la muse ultime du shoegaze) en dit long sur le second degré des garçons. Tout comme des situations géographiques hors-sujet (quoique ?) qu'ils annoncent sur myspace (à l'heure où j'écris ces lignes, San Francisco, California) alors même qu'on les voit en photo dans des paturages qui respirent l'herbe de chez nous.

Côté musical, me demanderez-vous ? Et bien c'est un peu la même idée : The Bilinda Butchers sont malins (pour ne pas dire coquins), baignent dans une forme de classicisme indie-pop, et aiment envelopper leurs compositions d'une jeunesse rêveuse. Des bases posées dès leur Away EP (=>), sorti en cassette chez Unexplainable Recordings : paroles indéchifrables car murmurées, univers vaporeux (Slowdive un dimanche matin) aux mélodies superbes, parfois agrémenté d'une guitare acoustique perdue, d'un beat léger et estival, ou d'une touche électronique particulièrement agréable. Même chose sur la quatorzième référence du (très bon) label digital brestois BEKO, qui présente en face-A Tulips, au groove qui semble venir de chez Air (qui se seraient mis à la dream-pop), et en face-B une repise idéale du This Love Is Fucking Right de The Pains Of Being Pure At Heart, plongée dans une atmoshpère duveteuse. Derniers méfaits en date, All My Friends, premier extrait d'un EP à venir, au refrain imparable, qui chasse sur les terres des plus éclatantes compositions de The Radio Dept., et Japan Time, escapade instrumentale totalement réussie aux baléares, qui devrait faire bouger quelques fessiers (au minimum, le mien) cet été.



Le parcours de The Bilinda Butchers ressemble pour l'instant à une sacrée réussite. La justesse du ton impressionne, la chose est très bien arrangée, le résultat s'avère terriblement séduisant. Un nom à suivre, à l'évidence.
 
 
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