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jeudi 18 novembre 2010

Out This Week #5 : The Radio Dept. - Never Follow Suit

On avait laissé The Radio Dept. sur une intervention inattendue au mois de Septembre via un New Improved Hypocrisy très politique. Ceci dit, on avait surtout retenu le magnifique album Clinging To A Scheme, sorti lui en Avril, véritable perfection d'indie-pop synthétique. Et c'est en soutien de ce disque qu'arrive donc dans nos oreilles ces jours-ci (tout ça pour dire que je fais un "Out This Week" sans savoir vraiment s'il est sorti cette semaine, puisque j'ai lu des dates diverses, mais enfin c'était, au pire des cas, la semaine dernière) le single Never Follow Suit. On y trouve la chanson-titre accompagnée de trois petites nouvelles (une placée avant, deux après), et d'un remix signé Pistol Disco.

L'entrée en matière est confiée à The One (=>). Sur la base d'un beat 80's (légère reverb) mais presque hip-hop, viennent se coller un par un les éléments qui vont construire la composition. Basse sous-terraine, synthé bizarre, puis piano à la mélodie aérienne. Duncanson rentre, pose sa voix anormalement aigüe, force même un peu. Le balancement se prolonge, pas vraiment dansant, mais par lequel on se laisse porter avec légèreté, en bougeant presque au ralenti. Comme souvent chez les Suédois, la chanson fourmille de détails instrumentaux, que ce soit la batterie qui parfois sursaute avec fracas, ou des petites touches indéfinissables mais magiques qui prennent leur envol dans le final. Une belle introduction, suivie donc par le titre phare Never Follow Suit (=>), déjà chroniqué en ces pages, mais sur lequel il ne peut pas être mauvais de s'attarder à nouveau : il est une convocation ravissante de Saint-Etienne en plein trip reggae au baléares. Et ça marche du tonerre, entre un beat éclatant, une basse dont la mélodie porte tout simplement le morceau, des accords extatiques, des nappes sonores estivales et la voix de ce bon Johan qui traine, flemme à peine mélancolique. La petite surprise que constitue le pont, où s'invite un extrait du film culte Style Wars (via une citation de Skeme, dont le pseudo se cache en référence dans le titre du troisième album de groupe, d'ailleurs), relance parfaitement la chanson vers le statut qu'elle mérite, celui de miracle pop d'un solstice d'été.

On passe ensuite par Stay Off Route (=>), interlude très shoegaze, qui fait penser à ces transitions qu'avaient l'habitude de construire My Bloody Valentine (pour la brume matinale du départ), ou Rocketship (pour le rayon de lumière final). C'est imparable, dans le sens où cela crée une forme de curiosité chez l'auditeur, avant de l'engager dans une ouverture mélodique parfaite pour enchainer avec On Your Side (=>), dynamique et colorée, qui joue sur les paroles de Never Follow Suit, dans une boucle magistrale, qui évolue tout en subtilité jusqu'à un étincelle finale amenée par un synthé qui sonne comme des violons enjoués, chatoyants et incandescents. Pour finir, Never Swallow Fruit, le remix signé Pistol Disco, s'avère sympathique mais un peu long, et n'apporte pas grand chose d'important, même si mettre en valeur la superbe ligne de basse est une vraie bonne idée. Toujours est-il que ce nouveau single impose The Radio Dept. comme un groupe sûr de sa force, qui s'il ne propose pas ici de nouveauté bouleversante, sait construire une discographie sans faux-pas, dispensant encore une fois des mélodies irréprochables. Pourvu que ça dure.

samedi 18 septembre 2010

Out This Week #3 : The Radio Dept. - The New Improved Hypocrisy

Cela fait un bon moment (en réalité, depuis le tout début de ce blog) que je n'avais pas traité d'actualité. Mais la rentrée aidant, quelques sorties, que j'évoquerai peut-être, sont planifiées. Ce n'est pourtant pas le cas de The New Improved Hypocrisy, le nouveau single de The Radio Dept., qui n'est ni une sortie physique (le groupe offre simplement depuis Mardi la chanson en téléchargement gratuit à ses fans via son label Labrador, sur http://www.labrador.se/hypocrisy/), ni une sortie vraiment prévue. Mais l'occasion fait le larron, et la bande de Johan Duncanson avait semble-t-il envie d'exprimer ses opinions, moins d'une semaine avant une échéance électorale en Suède (les électrions générales ce Dimanche 19 Septembre, en l'occurence). Ce n'est pas une première pour eux, qui avaient déjà abordé de tels thèmes en désavouant leur premier ministre sur Freddie And The Trojan Horse, puis en plaçant un sample de Thurston Moore en pleine pensée gauchiste au début d'Heaven's On Fire. Je suis en général réservé vis-à-vis des groupes qui s'engagent, sauf que là ...


The New Improved Hypocrisy (=>) s'ouvre sur une couche sonore poursuivie par un beat dévitalisé, une basse ondoyante, et, encore et toujours, des arpèges de guitare délicats et lumineux. La patte est immédiatement reconnaissable, ces messieurs ont un son caractéristique, et quel son (la production est superbe) ! Le premier éclatement (pourtant coulé dans une forme de retenue) vient quand rentre une pédale fuzz vers la quarantième seconde. La mélodie est en place, Johan peut intervenir de sa voix toujours voilée et perdue, pour souffler, plus qu'il ne chante, quelques mots. Je passe volontiers sur le texte lui-même, qui dans sa critique ironique et marquée bien à gauche, convaincra à des degrés divers (disons de la tendresse à l'indifférence) selon qu'on en partage ou non le message. Toujours est-il que la musique, et même la musicalité des mots eux-mêmes, fait qu'on se laisse doucement bercer dans cet ailleurs de shoegaze synthétique, où chaque petite touche, ajoutée aux autres, crée un univers majestueux. Le second couplet se fait en forme de pause, basse épurée et voix toujours sublime en tête-à-tête. Les arpèges, à la suite esseulés, offrent comme un regard vers l'horizon, la douceur d'un soleil matinal, avant une dernière montée fatale, de laquelle se dégage une forme de tension millimétrée, où chaque élément joue modestement son rôle. Le tour de force est réel, et la chanson nous laisse en pleine hauteur, émerveillés. On reprocherait presque à The Radio Dept. de ne pas avoir gardé une telle mélodie pour exprimer un sentimentalisme plus exaltant. Mais au fond, ils semblent disposer d'un tel réservoir, d'une telle capacité à écrire, qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

vendredi 25 juin 2010

Un album #2 : The Radio Dept. - Clinging To A Scheme [2010]

Je vais éviter de tourner autour du pot : Clinging To A Scheme, le troisème LP des suédois de The Radio Dept., est mon album de l'année 2010. Oui, dès Juin (et même depuis Mai). Autant le dire aussi tout de suite, ce disque réunit absolument tout les ingrédients pour me séduire, et même me faire tomber complètement amoureux : compositions éclatantes au goût indie-pop, influence claire d'une certaine idée (élégante) du shoegaze, instrumentations glissant souvent vers l'électronique. Deux ans de travail (produit par le groupe lui-même), puis quasi un an de report de la date de sortie. Un album attendu trop longtemps.


L'entrée dans cette merveille se fait sur la discrète Domestic Scene (=>), qui distille des arpèges délicats sur une rythmique tremblante. L'occasion d'entrer dans une ambiance feutrée, et de découvrir la voix de Johan Duncanson, traffiquée, et pourtant tellement touchante, parce qu'elle semble presque nous souffler ces quelques mots comme un secret qu'on confie ("Leaving just in time, I'm leaving just in time ..."). Vient ensuite le single qui porte le disque, Heaven's On Fire (=>). Un sample de Thurston Moore en pleine pensée gauchiste ouvre la voie d'une chanson imparable (mais comment imaginer, à ce stade-là, qu'elles le seront quasiment toutes ?), comme si Saint-Etienne branchaient des guitares pour magnifier une évidence mélodique. Les breaks sont irrésistibles, sans parler de l'envie de bouger ... La magie continue d'opérer sur la frénétique This Time Around (=>), portée par une batterie qui court comme un poulet sans tête. On sait pas trop comment la basse suit, mais ça colle particulièrement bien en dégageant un sentiment d'excitation, jeunesse sans avenir en étendard. Retour de la patte stéphanoise sur Never Follow Suit (=>), qui laisse un pouvoir total aux synthés, pour 4 minutes qui respirent les nuits d'été à danser jusqu'à en avoir mal aux pieds (à signaler que le sample en plein milieu du morceau est extrait de Style Wars, film culte d'Henry Chalfant sur le graffiti New-Yorkais du début des 80's. Même dans ses références les plus inattendues, ce disque est fait pour moi !).


Le repos est imposé par A Token Of Gratitude (=>), qui marque une pause savoureuse, avec son delay qui joue à Pong, son travail sur les textures, pour une petite aventure sur des terres électroniques, marquée par une lente montée vers les étoiles. Et alors que les yeux sont embués, l'enchainement avec The Video Dept. (=>) est absolument dévastateur, tant l'explosion que constitue ce miracle pop-fuzz emporte tout sur son passage. Quel bonheur d'être à ce point surpris par l'évidence la plus éclatante, comme si la fille avec qui t'es posé dans l'herbe, et pour qui tu craques sans jamais avoir rien dit, t'embrassait sans te demander ton avis. Dans la foulée, Memory Loss (=>) navigue en apesanteur, superpose délicieusement les instruments, pour créer au ralenti les images d'un paysage rêvé.


La suite est laissée à l'autre single, David (=>), sorti il y a maintenant un an de ça, mélange des genres particulièrement osé d'un instru quasi Hip-Hop (on va dire West-Coast début 00's), et de cette voix hantée par le shoegaze, dans une structure fondamentalement pop. Intéressant. Pour nous amener jusqu'à la conclusion, la courte instrumentale Four Months In The Shade (=>) se fait noisy et vaporeuse (un peu à la manière des interludes de Loveless). Pour finir, You Stopped Making Sense (=>) enveloppe tout d'un brouillard matinal, duquel ne semblent pouvoir s'échapper qu'un infatigable glockenspiel, une guitare fragile, et la voix de Duncanson, un peu perdu, surtout nostalgique d'un amour qui s'évapore. D'un été qui s'éteint. D'un album qui se termine. Heureusement, il y a une touche repeat. Car devant autant de mélodies, d'idées, de maturité, de simplicité, et pour tout dire, de perfection, difficile de ne pas souhaiter que tout recommence.
 
 
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