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jeudi 17 février 2011

Out This Week #8 : Ringo Deathstarr - Colour Trip

Il est enfin là, ce premier album de Ringo Deathstarr. Près de 6 ans après la création du groupe, et presque 4 après la sortie de leur première référence (l'impensable Ringo Deathstarr EP date déjà de 2007), le groupe shoegazing d'Austin, dans ce bon vieux Texas, se dévoile pour la première fois en LP, alors même qu'il se trouve réduit à l'état de trio, le second guitariste Renan McFarland ayant disparu de la circulation. Malgré tout, voici donc l'occasion de plonger dans leur musique, toujours très fortement influencée par les canons noisy-pop fixés par Psychocandy ou Strawberry Wine, mais capable également de fulgurances terribles dans la composition, entre évidences mélodiques, et formats réduits brûlants. En route donc pour ce Colour Trip, qui sort cette semaine chez ClubAC30.

L'ouverture est confiée à Imagine Hearts, promue au rang de single à l'automne 2010, craquage bruitiste, batterie en hésitation permanente, ligne de basse irréelle, et plaques de guitares tourbillonantes, donc instables. Sur cette base, une mélodie acidulée et éclatante rencontre la voix d'ange de la bassiste Alex Gehring, presque cynique de détachement. Si vous ne savez plus où vous êtes, ne cherchez plus, vous adhérez à la substance. On trouve à côté la massive Do It Everytime, beaucoup plus près du texte, fuzz classique et dégénérée, qui court comme un poulet sans tête vers un solo hors de contrôle, à peine perturbée par un chant partagé entre garçon et fille. On se sent cependant légèrement trahis, le niveau de la composition étant loin d'égaler les massacres perpétrés sur leur EP inaugural, empli jusqu'à l'excès de mélodies inoubliables. Une impression qui, malheureusement, se confirmera au cours d'une deuxième partie d'album solide sur la forme, mais manquant de génie.


Heureusement, d'ici là, on trouve quelques folies réjouissantes, telle le single So High, sorti il y a deux semaines en soutien de l'album. Un guitare acoustique y fait office de leurre, avant que forcément, tout explose devant nos yeux ébahis. Et c'est parti pour un brûlot d'à peine deux minutes totalement décomplexées (et hyper référencées) où les voix se répondent avec malice et délice sur une mélodie facile et sautillante. Des aplats guitaristiques emportent parfois le tout, mais n'empêchent pas le rythme éffréné de sévir, vers un refrain de joyeux drogués qui n'en ont, de toute façon, plus rien à foutre. Difficile de faire plus immédiat. C'est dans la foulée que se joue le très bon passage de l'album, avec d'abord Two Girls (=>), souffle enveloppant soutenu par une batterie martiale, et découpé par un interlude acoustique. Alex Gehring y chante de ce soupir tellement shoegaze, et surtout tellement sensuel, sur une ligne mélodique dont l'évidence évoque la caresse. Suit Kaleidoscope (=>), basée sur une rythmique défaitiste très Mary Chain, sur laquelle Elliott Frazier livre d'ailleurs une belle référence à Jim Reid au milieu d'un sombre vacarme. Preuve aussi que le groupe peut se permettre un registre à peine plus touchant, car on ressent bien ici que la sensibilité peut avoir sa place.


On pourra saluer aussi Day Dreamy (=>), basée sur une boucle d'effets moite, digne de Loveless, suggérant ces jours d'été à la chaleur étouffante. La voix d'Elliott murmure avec délicatesse, et les choeurs d'Alex relèvent de la divinité absolue, rêveurs et quasi-sexuels. C'est ensuite que les choses vont devenir un peu moins réjouissantes, le groupe sombrant quelque peu dans la facilité, avec des chansons sans grande personnalité. Rien d'inécoutable ou de spécialement gênant, mais rien non plus de véritablement marquant. Une fin de disque en demi-teinte, entre Chloe, presque réussie (et puis reprendre le gimmick de batterie de Only Shallow, sur le principe...), quelques lourdeur, ou Other Things et ses sympathiques adieux en mid-tempo. De quoi laisser un goût d'inachevé. Ringo Deathstarr avaient sans doute de quoi sortir un nouvel EP dément, voire un très bon mini-album en gardant 8 chansons pour les glisser sur un 10' (façon indie-pop des 90's), mais l'exercice longue durée ressemble bel et bien à une marche un peu trop haute. Mais si le trio parvient à préserver sa fougue, peut-être méritera-t-il une seconde chance ...

lundi 18 octobre 2010

Un single #10 : Ringo Deathstarr - Ringo Deathstarr EP [2007]

Il se dit que le premier album des Ringo Deathstarr, Colour Trip, est enregistré, et devrait sortir en Février 2011. Bonne nouvelle pour le trio texan (élargi à un quatuor en concert), venu de cette bonne vieille ville d'Austin (plus connue pour ses groupes post-rock que pour des envolées pop), et qui anime la scène shoegaze américaine depuis maintenant quelques années. Comme s'il en était besoin, une bonne occasion de (re)découvrir ce premier EP sorti chez SVC Records il y a 3 ans (c'était en Octobre), qui a éclaté sans trop prévenir à la figure de pas mal de monde. Car derrière le nom drôlesque et les figures innocentes (une grande rousse à la basse, deux guitaristes nerds juste ce qu'il faut) se cachent une bonne dose d'énergie, un bruit énorme, et surtout, des chansons fatales.

On commence par Swirly (=>), qui expose d'emblée l'équation gagnante du groupe : ce mid-tempo langoureux mélange les guitares brûlantes, chères à My Bloody Valentine, avec la voix de fantôme d'Elliott Frazier, qui semble librement s'inspirer de celle de Jim Reid, le chanteur des Jesus & Mary Chain (aussi bien dans sa beauté, que dans ses limites, qui font son charme, au demeurant). De cette introduction au léger goût d'inachevé, on retiendra surtout la curiosité naissante face à ces nappes profondes, et ces bouts de mélodie qui en appellent d'autres, plus aboutis. Après qu'un bruit énigmatique ait marqué quarante secondes de questionnement, Starrsha (=>) déboule, et l'évidence mélodique avec elle. Riff entêtant, beat déchainé, chant coup de poing, paroles d'une simplicité majestueuse ("Don't think that I feel so good/I don't know what to say or do/About you ..."), tout est là, pour danser et oublier ses oreilles perdues dans l'immensité du mur de son. Au fond, le plus dingue est cette énergie déployée, qui semble tout emporter sur son passage, sauf une forme de vulnérabilité pop, qui reste diffuse dans les intentions. Le constat vaut également pour Some Kind Of Sad, avec son clip cheap et dément. Forcément, on y pense au bruit blanc et au fracas de Psychocandy. Une noisy-pop furieuse donc, à la structure simpliste, étriquée, mais source une fois de plus d'un brûlot explosif, tant la composition semble instinctive, sauvage même.


La suite ne sera pas décevante : Down On You (=>) est un véritable monument, par son amplitude, sa grandeur. Le fait d'avoir laissé la batterie seule au début permet d'apprécier l'épaisseur des couches de bruits qui vont tout recouvrir ensuite. La puissance sensuelle de l'ensemble est absolument terrible, entre les guitares abrasives, la mélodie toute en caresses, le souffle de la voix sur des "I'm going down on you" hautement suggestifs, ou les murmures angéliques de cette chère Alex Gehring sur ce qui ressemble à des refrains d'exaltation. Pour finir, et après un interlude qui fait diablement monter la pression, on embarque pour Sweet Girl (=>), chronique sombre et intense d'une histoire d'amour enterrée, mais au souvenir encore vivace ("I think about you all the time/And it cuts like a knife."). L'atmosphère est très brumeuse, à mi-chemin entre la désolation désespérée, et la beauté d'un fond de tendre nostalgie qui refuse de s'estomper. Ainsi, un choeur féminin à peine identifiable porte-t-il la mélodie des couplets, avant que la composition prenne un envol final dans un vent de guitares prodigieux de pureté et de violence. Magistral. Et au final, si les Ringo Deathstarr pourraient, par leur enfermement volontaire dans les codes sonores shoegazing et noisy-pop, passer pour de simples copieurs, c'est bien mal évaluer la qualité de l'écriture pop qui habite leurs compositions, plus éclatantes et bouleversantes les unes que les autres.
 
 
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