C'est donc cette face-A, Maritime City (=>), qui m'a mis à genoux, comme peu de chansons. On croirait presque au début d'une chanson vaguement Dance guidée par une boîte à rythmes baléarique, mais rien ne va se passer comme prévu. Tout s'arrête pour laisser place à une guitare incroyablement passive et épuisée, et à une voix inerte, dégageant une mélancolie de l'abandon ("Just watching the hours go by ..."). Des choeurs se posent avec une touchante maladresse, murmures atones. La mélodie, immaculée, se cache derrière un voile délicat qui par transparence, fait ressortir sa justesse. Alors, on entrevoit tout ce qui peut ressembler à un cliché, à ceci près la pluie tombe bel et bien derrière cette fenêtre, sur cette ville de bord de mer grise et triste à en pleurer, ou à en écrire des chansons. Et dès cet instant, je sais que Sarah Records me servira de refuge, que rien n'aura plus d'importance que ces coeurs égarés, que la magie de ce spleen enveloppant, que ce temps perdu à le regarder s'écouler.
Ces sensations sont dupliquées sur la face-B ouverte par Boathouse (=>), à peine plus déliée, plus furtive aussi. Car, si la plupart des ingrédients se retrouvent à l'oeuvre, une douce urgence berce une section rythmique cette fois glacée, vers un inexorable destin, matérialisé dans un solo qui refuse de s'assumer, et surtout un final désarmant, suspendu à une forme de renoncement, jusqu'au fade-out fatal. Puis il y a Star (=>), également présente sur Foutain Island, peut-être plus lumineuse au départ, menée par cette guitare funambule, chancelante, venue éclairer un minimalisme toujours fragile. La mélodie est à nouveau faite de pureté, et peut-être d'un léger goût de printemps. Soudain, tout s'arrête, et ne restent que des accords et une voix, comme en perdition, laissant émerger une fêlure sublime. L'instant étreint la perfection, d'une brise légère au souffle nostalgique. Qu'importe les sentiments qu'elle disperse, je sais surtout que l'histoire est belle, et que je n'oublierai jamais Sarah.